ROMAN

18,90 euros - 320 pages

Parution le 05/05/2014

ISBN 978-2-35887-072-6

COLLECTION
LITTÉRATURE

 

 

L' Avocat, le nain et la princesse masquée

Paul COLIZE

Hugues Tonnon est un avocat réputé du barreau bruxellois. Sa spécialité : les divorces, les séparations douloureuses, les couples qui se défont. C’est donc tout naturellement à lui que s’adresse Nolwenn Blackwell. Ce jeune top model belge, ancienne compagne de Roberto Zagatto, le fameux international de football argentin, a jeté son dévolu sur Amaury Lapierre, un capitaine d’entreprise de trente ans son aîné qui lui arrive au menton. Mais alors qu’un fastueux mariage se profilait, le riche héritier a été paparazzé dans les bras d’une jeune escort... Bafouée, l’ex-”future princesse” de la presse people veut en découdre. Hugues Tonnon voit là la belle affaire, il se fait convaincant, et même séducteur... Le soir même, l’avocat dîne avec le flamboyant mannequin et raccompagne Nolwenn chez elle pour finir la soirée. Mais au petit matin, Hugues Tonnon se réveille chez lui, la police à sa porte : Nolwenn Blackwell a été assassinée, il est le dernier à l’avoir vue vivante et il ne se souvient de rien.

ROMAN

18,90 euros - 320 pages

Parution le 05/05/2014

ISBN 978-2-35887-072-6

COLLECTION
LITTÉRATURE

L' Auteur

Paul COLIZE

Paul COLIZE

Né en 1953 à Bruxelles, Paul Colize est un écrivain de polars. Il vit aujourd'hui à Waterloo. Auteur prolifique, il a déjà écrit une quinzaine de romans noirs, dont Back Up (2012) et Un long moment de silence (2013). Son œuvre a été récompensé de nombreuses distinctions littéraires dont le prix Landerneau Polar, le prix Boulevard de l’Imaginaire et le prix Polars Pourpres. 

 

FERMER

 

Prologue

 

 

 

Le mariage est la principale cause de divorce.

Sans le premier, le second n’aurait jamais vu le jour. L’affaire se limiterait à une séparation assortie de quelques larmes ou de vagues reproches. La vie reprendrait ensuite son cours et chacun poursuivrait son chemin la tête haute.
Un coup de gueule fielleux ou un suicide avorté viendrait de temps à autre troubler l’ordre des choses, mais ce ne serait que des cas isolés.
Il n’y aurait pas ces discussions orageuses, ces règlements de comptes miteux, ces débats houleux, ces polémiques sor-dides, ces déballages impitoyables et ces vaines tentatives de réconciliation. Il n’y aurait ni palabres interminables ni négocia-tions nauséeuses pour la garde du chien ou la répartition de la vaisselle.
Sans mariage, le divorce n’existerait pas, j’aurais fait autre chose de ma vie et je n’en serais pas arrivé là.
 

 

 

Lundi 22 août 2011
 

1.    La fiancée du pirate

 

 

— Vous ne trouvez pas ça scandaleux ?

Nolwenn Blackwell était plantée devant moi, les jambes écartées, les seins menaçants, la minirobe en tension maxi-male.
Comme tout un chacun, j’avais eu l’occasion d’apprécier sa plastique à la télévision, en particulier lors de ses démêlées médiatiques avec son footballeur. Néanmoins, la voir virevolter en chair et en galbe dans mon bureau me faisait plus d’effet que je ne l’aurais imaginé.
Je fis glisser mes demi-lunes sur le bout de mon nez et la dévisageai.
— Vous savez, madame, dans mon métier, nous assistons tous les jours à des choses scandaleuses, étonnantes ou co-casses.
Plus récemment, je l’avais vue minauder au bras de sa der-nière conquête pendant la finale du tournoi de Roland-Garros. Enlacés dans leur loge, ils guettaient les caméras en se béco-tant comme des collégiens. Au début du mois de juillet, sa conquête était devenue son futur conjoint.
— Des choses cocasses ? Vous plaisantez ? Un homme qui vous trompe avec une prostituée aux yeux de tous ? Vous trouvez ça cocasse ?
Au début du mois, un paparazzi avait immortalisé son fian-cé alors qu’il batifolait avec une stripteaseuse au bord d’une piscine dans une villa tropézienne.
De fait, je trouvais la chose cocasse.
— Non, bien entendu, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.
Elle lança les bras en l’air.
— De quoi ai-je l’air ? Nous étions censés nous marier. Les tabloïds sont déchaînés. Je suis la risée de la planète.
Elle n’avait pas tort.
En revanche, annoncer sa décision de rompre les fiançailles à la une de la presse people sans en informer le principal inté-ressé n’était pas l’approche la plus habile pour tempérer la verve journalistique.
D’un geste théâtral, elle posa une main sur sa poitrine.
— Moi, Nolwenn Blackwell, la risée de la planète !
Le visage meurtri, elle s’assit, prit sa tête entre ses mains et se mit à pleurer.
Au début de ma carrière, ce genre de réaction me désem-parait. J’exprimais ma compassion, je leur offrais des Kleenex, je leur proposais quelque chose à boire.
Avec l’expérience, j’ai compris que cela ne servait à rien.
À présent, j’attends la fin de l’averse. Quand la scène per-dure, je marque des signes d’impatience, je soupire, je tous-sote, je regarde l’heure.
Ils récidivent rarement.
Leurs larmes ravalées, je leur sers mon discours habituel.
Un divorce doit être appréhendé comme un business. C’est une affaire comme une autre. Du commerce. Du marchandage. Aucune négociation ne se gagne dans l’émotion.
En règle générale, les femmes embraient, certaines devien-nent de redoutables businesswomen. Les hommes préfèrent lâ-cher du lest et cracher au bassinet, pour autant qu’on leur fiche la paix. Ils ont suffisamment à faire avec la gamine qui rem-place leur épouse et monopolise leur énergie.
Je m’abstins de le préciser, convaincu qu’elle le voyait comme tel.
Je l’observai à la dérobée.
Nolwenn Blackwell était le premier top model belge à avoir embrassé une carrière internationale. Mannequin dès ses treize ans, elle avait défilé pour les plus grands couturiers alors qu’elle en avait à peine dix-sept. Son 1 m 85, sa longue cheve-lure blonde, ses grands yeux verts striés d’or et ses formes avantageuses avaient ensorcelé les responsables de casting les plus retors.
À dix-neuf ans, elle avait quitté le plat pays et s’était instal-lée à New York. Une publicité géante sur Times Square avait fini de forger sa réputation. Elle y apparaissait en tenue légère pour vanter une nouvelle gamme de croquettes pour chiens.
Entre une séance de photos et deux défilés, elle avait sé-duit Roberto Zagatto, un international de football argentin qui évoluait dans un club de pointe anglais. Six mois plus tard, leur relation avait pris fin par insultes interposées dans la presse à scandales.
Au début de l’année, elle avait jeté son dévolu sur Amaury Lapierre, un capitaine d’entreprise de trente ans son aîné qui lui arrivait au menton, riche héritier d’un grand groupe indus-triel français et ami personnel de qui on sait.
Après que la vidéo d’une interview confession qui versait dans une mièvrerie pitoyable avait créé le buzz sur Internet, l’opinion publique s’était émue ; le petit Amaury avait-il la car-rure suffisante pour diriger un groupe de vingt mille personnes qui pesait plus de deux milliards d’euros en Bourse ?
Son conseil d’administration lui avait conseillé de se mon-trer plus réservé ou d’officialiser sa relation, d’autant que son addiction pour le poker et les jeux de hasard avait déjà défrayé la chronique quelques années auparavant.
Elle releva la tête et essuya ses larmes.
— Je me sens trahie, outragée, bafouée.
J’ôtai mes lunettes.
— Pourquoi être venue me voir ?
Elle se moucha.
— Vous êtes le meilleur.
Je pressentais cette réponse, mais dans sa bouche, elle prenait fière allure. Il est vrai qu’en quinze ans de carrière et plus de cinq cents divorces, j’avais connu peu de revers.
Je m’éclaircis la voix et pris un ton conciliant.
— Je vous remercie, madame, mais vous n’êtes pas encore mariée, que je sache.
Mariée, l’affaire eut été un jeu d’enfant.
Elle avait été gravement offensée par le comportement ou-trancier de son époux, comportement qui rendait impossible toute poursuite de la vie commune. Il m’aurait suffi de plaider la désunion irrémédiable, de débattre le prix et d’établir ma note d’honoraires.
— Je suis sûre que vous pouvez faire quelque chose. On m’a dit que vous trouveriez une solution.
À l’origine, je ne me destinais pas à cette spécialité. Je rê-vais de devenir la diva du pénal, je voulais défendre la veuve et l’assassin.
Le sort en a décidé autrement.
À la fin de mes études de droit, j’avais ouvert mon propre cabinet au lieu de rejoindre une grande association comme l’avaient fait la plupart de mes camarades.
Après une traversée du désert et quelques loyers impayés, j’avais reçu la visite d’un homme en instance de divorce. La procédure s’éternisant, il envisageait de réclamer des dom-mages et intérêts à sa future ex-épouse pour absence de vie sexuelle. L’homme se déclarait dans l’impossibilité de pour-suivre une vie normale, son statut de catholique pratiquant l’empêchant d’avoir des relations sexuelles hors mariage.
Son avocat lui avait ri au nez.
Poussé par mon découvert, j’avais pris l’affaire. J’avais jeté mes forces dans la bataille et obtenu gain de cause.
Ce premier succès avait scellé mon destin.
— Qu’attendez-vous de moi, madame Blackwell ?
Elle se releva, se pencha en avant et frappa du plat de la main sur le bureau.
— Que vous lui fassiez regretter ses actes.
Je profitai de la proximité pour sonder la profondeur de son décolleté.
— Qu’entendez-vous par là ?
— Que vous lui fassiez cracher le dernier centime du dernier euro de son dernier million, que vous le ridiculisiez comme il m’a ridiculisée, que vous lui fassiez un procès retentissant et que vous le discréditiez aux yeux de tous.
Le vernis se fendillait.
— Sans vouloir vous servir un lieu commun, la sagesse po-pulaire dit qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès.
Elle haussa le ton.
— Je ne veux ni mauvais ni bon arrangement, je ne veux pas d’arrangement du tout. Je veux ruiner sa réputation, ruiner sa carrière, ruiner sa vie et vous seul êtes capable de m’aider à le faire.
J’actai.
Le secret de ma réussite ne tenait pas à ma bonne connais-sance des rouages de la justice belge, mais plutôt à la mise à profit des lacunes du Code civil et des vides juridiques. En outre, je n’hésitais pas à faire appel à certains techniciens pour servir les intérêts de mes clients ; photographes, portiers, ser-ruriers, tenanciers de bars, danseuses légères, séducteurs, éboueurs, ingénieurs du son, faussaires, flics retraités et an-ciens de la Légion étrangère faisaient partie de mes fournis-seurs attitrés.
En règle générale, la hauteur de mes honoraires me per-mettait de trier ma clientèle sur le volet. Pour témoigner de mon opiniâtreté à vaincre, je me faisais rétribuer au success fee, un pourcentage que je me réservais sur les sommes con-quises.
Je n’avais pas que des affaires juteuses à traiter, tant s’en fallait, mais lorsqu’un divorce d’envergure se profilait en Bel-gique, l’un des conjoints débarquait à coup sûr chez moi.
— L’affaire n’est pas des plus simples, madame. Votre rela-tion avec monsieur Amaury Lapierre est malgré tout assez ré-cente. Étiez-vous domiciliés à la même adresse ?
Elle martela à nouveau le bureau en s’accompagnant du ta-lon, manie qui commençait à m’agacer.
— Non, mais la date du mariage était fixée, les lieux étaient réservés, la liste des invités était prête.
— J’en conviens, madame, mais aux yeux de la justice, vous n’êtes pas mariée.
Elle croisa les bras.
— Ce qui signifie que je n’ai aucun droit ? Nous sommes au vingt et unième siècle, non ? Une femme peut se faire désho-norer dans un pays industrialisé sans qu’elle ait le moindre re-cours ? C’est ça, la justice ?
J’étais en outre capable d’évaluer en quelques minutes les forces en présence et de soupeser mes chances de réussite.
— Jouons cartes sur table, quelle somme avez-vous en tête ?
La question la désarçonna.
Le droit français en la matière ne m’était pas inconnu. J’avais déjà eu l’occasion de croiser le fer avec mes confrères parisiens. Je connaissais leur propension aux envolées grandi-loquentes. À leurs effets de manche, j’opposais une retenue verbale et un pragmatisme de bon aloi.
Une nouvelle croisade dans l’Hexagone n’était pas pour me déplaire.
Elle fit aller sa bouche de gauche à droite.
— Dix millions !
Je tiquai.
— Vous êtes gourmande.
— Huit ?
Atteinte à l’honneur, rupture offensante. L’affaire était déli-cate, mais jouable.
— Je travaille au pourcentage.
— Je ne descendrai pas en dessous de sept. Vingt pour cent pour vous.
— Trente-cinq.
— Vingt-cinq.
J’esquissai une moue dubitative et laissai le silence accom-plir son œuvre.
Il ne fallut pas plus d’une dizaine de secondes pour qu’elle cède.
— Trente, mais j’y perds.
J’inclinai le buste en signe d’acquiescement.
— Bien. Cet aspect étant réglé, penchons-nous sur le dos-sier.

 

 

 

2. Parfum de femme

 

 

Nous levâmes nos flûtes et les fîmes tinter.

— À votre succès.
— À notre succès.
Elle avala une lampée de champagne et plissa les yeux.
— C’est comment votre petit nom ? Henri, Hector ?
Le serveur remit la bouteille dans le seau à glace et saisit l’occasion pour me lancer une œillade.
— Hugues.
Elle réprima un rire.
— Hugues ? Ce n’est pas un peu vieux jeu ?
— Mes parents sont très snobs.
Le climat s’était réchauffé. La bouteille de Roederer Cristal que nous savourions avait joué une part active dans l’opération. Mon cerveau commençait à s’embrouiller et la dic-tion de Nolwenn devenait pâteuse.

— Pourtant, Tonnon, ce n’est pas très snob.
— Ma mère est née Marie-Thérèse de Bergerhode.
Nous avions d’emblée entamé l’examen du dossier.
Je lui avais posé une série de questions et elle y avait ré-pondu avec précision. Dans ce genre d’affaires, le succès ou l’échec peut dépendre d’un infime détail. Un geste, une parole, une anecdote, une note de restaurant égarée, tout est suscep-tible d’être exploité.
Durant cette phase exploratoire, j’avais entre autres appris qu’elle s’appelait Gisèle Duplat dans la vraie vie, ce qui, à tout dire, était moins glamour que Nolwenn Blackwell.
J’avais également pu constater qu’elle était loin de la cari-cature de ravissante idiote que l’on prête généralement aux re-présentantes de sa profession. Elle était vive, cultivée et avait le sens de l’humour.
— Hugues de Bergerhode, quelle classe ! En plus, avec vos cheveux noirs et vos yeux bleus, vous êtes plutôt beau gosse.
Je fis une réponse sobre.
— On me le dit quelquefois.
Nous avions travaillé plus de deux heures.
À vingt heures, elle m’avait proposé de faire une pause et d’aller prendre un verre. Comme elle repartait le lendemain pour New York et que mon emploi du temps était fort chargé, je lui avais suggéré de le faire suivre par un dîner léger, ce qui nous permettrait de poursuivre nos échanges et de faire pro-gresser le dossier.
— Vous êtes marié ?
— Je ne l’ai jamais été et ne le serai jamais. Je fais partie des chausseurs bien chaussés.
— Vous êtes contre le mariage ?
— Je suis contre le divorce, ce qui revient au même.
Je l’avais emmenée au Cercle Royal Gaulois dont j’étais un membre assidu.
Enfoui dans le parc de Bruxelles, l’endroit était convivial et discret. Il fallait montrer patte blanche pour y entrer, ce qui était propice à la situation. Je ne tenais pas à apparaître dès le lendemain en couverture d’un quotidien, même si le risque était limité.
À l’inverse des États-Unis, où une banale salle d’audience pouvait revêtir des allures de plateau hollywoodien, la Belgique ne considérait pas la publicité qui entoure les affaires juridiques comme l’expression solennelle de la liberté d’expression. Les choses allaient changer et j’en tirerais certainement profit, mais je n’étais pas encore familiarisé avec les finesses de l’outil.
— Vous êtes gay ?
— Marié ou gay, c’est assez réducteur.
— Ne me dites pas que vous êtes un célibataire endurci.
— Disons que je suis célibataire par conviction.
— C’est ce que disent les vieux garçons maniérés qui vivent dans un milieu aseptisé.
— On peut apprécier l’ordre et la propreté sans être mo-nomaniaque.
Elle prit un air entendu.
— Bien sûr.
Un ange passa, la photo de mon appartement bien rangé glissée entre les ailes.
Le chef de salle intervint à point nommé. Notre table était prête. La fin août était clémente, il nous avait installés dans les jardins.
À l’instar du serveur, il ne se priva pas de m’adresser une moue admirative au passage. La présence de Nolwenn n’était pas passée inaperçue. Certains convives l’avaient reconnue et les commentaires allaient bon train. La majorité des hommes présents avaient les yeux qui sortaient de leurs orbites.
Nous laissâmes le dossier de côté et prîmes notre repas en parlant de choses et d’autres.
Elle me parla de son enfance, de ses débuts dans le métier, de la jalousie viscérale dont se nourrissaient ses consœurs et de ses ambitions cinématographiques. Elle ne put s’empêcher de se plaindre des errements de Lapierre et de son addiction au jeu qui lui avait valu de passer de longues soirées en solitaire.
Elle prit également la liberté de me livrer quelques confi-dences intimes.
— En plus, sur le plan de ce que vous savez, c’était loin d’être Casanova.
— Vous m’en voyez navré.
— Ça vous choque que je vous dise ça ?
— Aucunement, mais l’argument est inutilisable légale-ment.
— Les lois sont mal faites, on punit le harcèlement sexuel, mais on tolère l’incompétence.
La France avait récemment abrogé le délit de harcèlement sexuel, mais je ne crus pas opportun de m’étendre sur le sujet.
Une bouteille de Médoc nous tint compagnie et nous ter-minâmes le repas par un cognac millésimé.
Je ne réclamai pas l’addition, la note était portée sur mon compte.
Elle en fut surprise.
— Vous ne payez pas ?
— Ils ont confiance en moi.
Elle parut hésiter.
— À ce propos, Hugues… je peux vous appeler Hugues ?
Je compris par là qu’elle avait une question embarrassante à me poser.
— Officieusement, je vous l’autorise.
— Concernant la provision…
Je comptais mettre ce point à l’ordre du jour de notre pro-chaine rencontre. Dans les affaires de divorce, les revirements de situation sont à ce point légion qu’il est prudent de deman-der une avance avant d’entreprendre une quelconque démarche active.
— Rien ne presse, vous pouvez me faire un virement.
Elle se pencha en avant et m’invita à en faire autant.
— J’attends une coquette somme d’argent dans les tout prochains jours, mais je n’aimerais pas que ce détail freine votre enthousiasme.
Elle ôta sa montre et la glissa dans ma main.
J’avais eu le temps de l’examiner. C’était une Rolex en or sertie de diamants, outrancière et hors de prix. Son cadeau de fiançailles, à n’en pas douter.
— Prenez-la, en attendant. De toute façon, je la déteste et je comptais la revendre.
Je la glissai dans ma poche.
— Je la tiens à votre disposition, je vous ferai parvenir un reçu dès demain.
— Inutile, je vous fais confiance.
Je sentis les effets de l’alcool lorsque je me levai.
Elle chancela et se retint à mon bras.
— Vous êtes grand, Hugues, vous mesurez combien ?
— 1 m 93, comme Lincoln, De Gaulle et Mandela.
— Ben Laden aussi, si j’ai bonne mémoire.
Elle conserva mon bras et nous traversâmes la salle sous les regards inquisiteurs des membres bien-pensants.
Lorsque nous arrivâmes sur le parking, elle trébucha et prit appui sur moi. Par précaution, je passai une main autour de sa taille pour prévenir un nouveau glissement de terrain.
— Hugues, je ne peux pas conduire dans cet état. Vous voulez bien appeler un taxi ?
Je m’arrêtai net et auscultai le ciel.
Un étrange pressentiment m’assaillit.
J’arrivais à la croisée des chemins et il me fallait prendre une décision. Le choix que j’allais faire risquait de changer le cours de ma vie. J’entrevoyais les conséquences potentielles des différentes options qui m’étaient offertes et identifiai sans peine la plus mauvaise d’entre elles. Pourtant, je savais que c’est cette plus mauvaise décision que j’allais prendre. J’avais assez d’expérience pour savoir ce dont une femme est capable lorsqu’elle est en rupture affective. Qui plus est, si elle a un verre dans le nez.
Je contemplai une nouvelle fois l’astre lunaire.
Il n’était pas trop tard, je pouvais encore me ressaisir et prendre la bonne décision.
Je m’entendis prononcer.
— Je préfère vous raccompagner. À cette heure-ci, vous risqueriez de tomber sur un chauffeur en état d’ébriété.

 

 

3. Nuit d’ivresse

 

Le pied-à-terre de Nolwenn se trouvait dans le bas d’Uccle, non loin de la place Saint-Job, à moins d’un kilomètre de mon domicile.

Elle habitait dans un immeuble sans style, comme il en existe de nombreux dans le quartier. J’étais passé des centaines de fois devant le sien sans y prêter attention.
— Soyez gentil, Hugues, aidez-moi à monter, je risque de m’effondrer dans l’ascenseur.
Même si je tenais mieux l’alcool qu’elle, j’éprouvai quelques difficultés à me garer et dut m’y prendre à deux fois.
Je sortis, contournai la voiture et l’aidai à sortir.
Elle semblait avoir retrouvé quelque peu ses esprits, mais son pas restait hésitant.
Nous traversâmes la rue et gravîmes les quelques marches qui menaient à la porte d’entrée. Elle tâtonna pour parvenir à introduire la clé dans la serrure.
Nous prîmes l’ascenseur et nous arrêtâmes au troisième.
Elle se dirigea vers l’une des portes, fit volte-face et leva un doigt.
— Ne faites pas attention au désordre, Hugues. Je n’ai pas de femme de ménage, je ne viens que rarement dans cet ap-partement. Avant, je possédais un aquarium avec un tas de poissons exotiques. Quand je rentrais, ils étaient tous morts. C’était atroce, ils flottaient à la surface, la bouche ouverte. Je devais en racheter d’autres, ça me coûtait une fortune. Vous avez des animaux, Hugues ?
— Un nid de fourmis dans le jardin. Je suis preneur d’une solution pour qu’elles soient mortes quand je rentre.
L’appartement était de belles dimensions. Le chaos qui ré-gnait évoquait davantage la chambre d’étudiante que la rési-dence d’un top model. L’essentiel du mobilier provenait du ca-talogue Ikea. Des animaux en peluche et des bibelots encom-braient les étagères. Des vêtements pendaient aux chambranles des portes et une photo géante d’elle, en tenue d’Ève, alanguie sur un divan, occupait l’un des murs.
Un bref coup d’œil à l’instantané me permit de noter qu’elle était une vraie blonde.
— Vous aimez ?
Je pensais avoir été discret.
— Beaucoup.
— Issue de ma collection personnelle. Celle-là est l’une des plus innocentes. Amaury voulait que je les fasse disparaître.
— Il a déclaré cela devant témoin ?
Atteinte à la liberté personnelle, tentative d’asservissement.
— Non, pas que je sache. Oubliez le dossier pour l’instant.
— Il ne faut rien négliger.
— Vous ne lâchez jamais prise ? Je vous offre un verre ?
— Il serait plus raisonnable de s’en tenir là et d’aller dor-mir.
Elle leva les yeux au ciel.
— Vous êtes attendu quelque part ?
— Non.
— Alors, lâchez-vous un peu, Hugues. J’ai un cognac hors d’âge dont vous me direz des nouvelles.
— Dans ce cas, un petit, en vitesse.
Elle disparut dans la cuisine et je m’installai dans le canapé.
Un amoncellement de brochures publicitaires et de courrier non ouvert parsemait la table basse. Le monticule était encadré de canettes de Coca light, de pots de yaourt vides, de gadgets insignifiants et d’un quotidien allemand.
Même si je n’étais attendu nulle part, j’étais moins céliba-taire que je ne l’avais laissé entendre. J’entretenais depuis trois ans une relation intermittente avec une femme d’affaires impi-toyable dénommée Caroline.
Elle partageait ma vision du mariage, même si elle y avait goûté en son temps. De cette union éphémère était née une petite peste colérique et butée qui ne me portait pas dans son cœur. Un lien fusionnel unissait la mère et la fille, raison pour laquelle nous faisions appartements séparés.
Hormis les rares nuits où sa progéniture logeait chez son père, nous ne nous voyions que pour dîner au restaurant, vi-sionner un film, assister à une pièce de théâtre ou soulager notre libido.
J’estimais être dans le top trente de ses priorités, loin der-rière sa fille, sa carrière, son image et son enrichissement per-sonnel.
Nolwenn reparut, les bras chargés d’une bouteille de liquide ambré et de deux verres. Elle les posa sur la table et se dirigea vers la chaîne haute-fidélité.
— Musique ? Vous aimez le smooth jazz ?
— Beaucoup. Surtout s’il est vocal. Michael Franks, si vous avez.
— Connaisseur, je vois.
Les premières mesures de Chain Reaction et la voix suave de Michael Franks s’élevèrent dans la pièce.
Elle s’assit à mes côtés et remplit nos verres.
Je remarquai qu’elle avait profité de son éclipse pour s’asperger d’un parfum sensuel.
— À nous, Hugues.
— À nous.
Je pris une gorgée et l’avalai.
Une déflagration secoua l’appartement, mon cœur s’arrêta de battre et je cessai de respirer.
Nolwenn était hilare.
— Je vous avais prévenu, Hugues, c’est du cognac hors d’âge, il doit avoisiner les soixante degrés. Cadeau d’un fan, comme la plupart des babioles qui traînent ici.
De la lave me dévorait les entrailles. Une boule de braise remonta à la surface. Je devais être écarlate.
Je tentai un mot d’esprit, mais aucun son ne sortit de ma bouche.
Elle se pencha et dénoua ma cravate.
— On respire.
Elle défit le bouton de ma chemise et ouvrit le col.
— On se détend.
Elle s’attaqua au deuxième bouton et poursuivit la ma-nœuvre jusqu’au dernier.
Je cherchais toujours l’air lorsqu’elle glissa une main dans l’échancrure de ma chemise et se mit à me caresser la poitrine.
Elle approcha sa bouche de mon oreille.
— On se laisse aller.
Sa tête glissa dans mon cou, descendit le long de mon torse. Sans crier gare, elle me mordilla un téton. Une onde de plaisir se propagea jusqu’à l’extrémité de mes orteils.
Elle poursuivit lentement la descente.
Je renversai la tête en arrière et croisai le regard d’un singe en plastique qui observait la scène depuis le sommet de la bi-bliothèque.
Sa bouche était à la hauteur de mon nombril lorsqu’elle dé-tacha ma ceinture et ouvrit mon pantalon.
Elle parut satisfaite de ce qu’elle y trouva.
— Mon Dieu, Hugues !
Un sursaut de bienséance m’envahit. Je saisis sa tête à pleines mains dans le but de me soustraire à la caresse, mais sa bouche entama l’irrépressible va-et-vient.
J’imagine sans peine ce que pourraient penser les femmes de mon comportement, et elles n’auraient pas tort. Quant aux hommes qui seraient tentés de me jeter la pierre, je leur de-manderais de me dire, en leur âme et conscience, ce qu’ils au-raient fait à ma place ?

 

 

 

Mardi 23 août 2011

 

4. Le facteur sonne toujours deux fois

 

 

La sonnerie du téléphone résonna.

J’ouvris un œil, assailli par la sensation qu’une foreuse me transperçait les tympans.
Je m’assis dans le lit.
J’étais chez moi.
Seul.
Le jour était levé et je n’avais pas coupé mon portable.
J’avais une gueule de bois phénoménale, mon cœur tam-bourinait dans mes tempes et des relents de cognac agres-saient mes narines. Je ne connaissais que trop bien ces lende-mains de veille ; le lingot de plomb dans la tête, la ligne d’horizon indécise, la nausée lancinante et la conviction pro-fonde que la mort, imminente, sera une délivrance.
Je tâtonnai à la recherche du téléphone et consultai l’écran.
Caroline.
Je jetai un coup d’œil au réveil.
9 h 10.
— Bonjour, ma chérie.
— Bravo !
Un déclic et un chuintement continu s’ensuivirent.
Il m’était déjà arrivé d’essuyer des formules approchantes, mais elle les assortissait d’une explication avant de raccrocher.
Je me levai avec précaution et enfilai ma robe de chambre. Mes vêtements disséminés çà et là me permirent d’imaginer ce que furent mes derniers instants avant le naufrage. Mon cale-çon et mes chaussettes traînaient au pied du lit, ma chemise était roulée en boule à l’entrée de la chambre, mon pantalon et mon veston gisaient dans le hall d’entrée.
Je me dirigeai d’un pas prudent vers la cuisine.
J’explorai l’armoire à pharmacie, m’affalai sur une chaise et contemplai la désagrégation de trois comprimés d’Alka-Seltzer dans un verre d’eau.
Le carillon de la porte d’entrée retentit au moment où je tentais d’avaler la mixture.
Elle avait fait vite.
Elle s’était emportée pour une quelconque raison, avait raccroché dans un geste irraisonné et éprouvait quelques scru-pules. Elle venait à présent me présenter ses excuses.
Je jetai un coup d’œil dans le miroir. J’étais dans un état pitoyable ; les cheveux en bataille, le teint blafard, les yeux bouffis, soulignés de larges cernes bleuâtres.
La sonnerie résonna une seconde fois. Je tentai tant bien que mal de me composer un sourire avenant et ouvris la porte.
Ils étaient deux.
Ils auraient pu passer pour frères.
Petits, ils avaient forcé sur les séries télé, il ne leur man-quait que le Stetson et l’imperméable fripé.
— Monsieur Tonnon ?
— C’est moi.
Le visage de celui qui m’avait adressé la parole ne m’était pas inconnu.
— Jean-Paul Witmeur, inspecteur principal à la RL Crime de Bruxelles.
Witmeur ?
Il fit un geste en direction de son double.
— Michel Grignard, mon collègue. Nous pouvons entrer ?
Jean-Paul Witmeur ?
Je fouillai dans ma mémoire. Le cheveu gras, le nez luisant, une épaule plus haute que l’autre. J’étais certain d’avoir déjà eu affaire à ce Witmeur.
— Bien sûr, messieurs. Que me vaut votre visite ?
— Nous avons quelques questions à vous poser.
Ils prirent l’initiative d’entrer.
Witmeur lança un coup d’œil aux habits éparpillés sur le sol et les enjamba sans un mot.
— Où étiez-vous cette nuit, vers quatre heures ?
La voix, l’intonation traînante.
Je savais d’où je le connaissais.

Witmeur/Depasse

Une affaire que j’avais traitée deux ans auparavant.
Il était alors marié à une jeune femme timide, réservée et soumise qu’il trompait à tour de bras.
Pour ses trente ans, il lui avait offert une opération des seins. L’intervention avait été au-delà d’un simple affermisse-ment de son tour de poitrine. Elle avait pris confiance en elle et s’était épanouie. Après des années de dépérissement, la chrysa-lide était devenue papillon. Dans la foulée, elle avait découvert la double vie de son mari, pris un amant et demandé le di-vorce.
Nous l’avions emporté sur toute la ligne. Pour la beauté du geste, j’avais réclamé à son ex la moitié du montant prêté pour l’intervention chirurgicale de sa conjointe. Contraint et forcé, il s’était acquitté de l’ensemble des exigences, mais avait formel-lement contesté cette dernière. Les huissiers avaient dû s’en mêler.
Je cherchai à briser la glace.
— Nous nous connaissons, il me semble ?
Il me fixa droit dans les yeux.
— Oui, j’ai dû revendre ma moto pour rembourser les ni-chons de ma femme.
Il se souvenait de moi.
Grignard esquissa un rictus d’embarras tandis que Witmeur sortait son carnet de notes.
— Je répète ma question ; où étiez-vous cette nuit, vers quatre heures ?
— Ici. Vraisemblablement.
— Vraisemblablement ?
Son ton suspicieux commençait à m’irriter.
— Que se passe-t-il, monsieur Witmeur, j’ai brûlé un feu rouge ? Je me suis garé sur un passage pour piétons ?
— Connaissez-vous mademoiselle Nolwenn Blackwell ?
La question me désarçonna.
Je pris l’air inspiré.
— C’est un mannequin, non ?
Il fit un signe de tête à Grignard.
Ce dernier avança d’un pas.
— Mademoiselle Blackwell a été découverte ce matin, dans son appartement, sans vie.
Une longue pratique des prétoires m’avait appris à rester impassible, même lorsqu’on m’assénait un coup de poignard.
Malgré cela, j’accusai le coup.
— Morte ?
— Morte.
— Elle a fait un malaise ?
— Deux balles dans la tête.
— Elle s’est suicidée ?
Witmeur intervint.
— Il a dit deux balles dans la tête.
— Deux balles dans la tête ? Qui l’a tuée ?
— L’enquête ne fait que commencer, mais nous avons déjà quelques indices. Je répète ma question, connaissiez-vous ma-demoiselle Blackwell ?
Nier me parut inutile.
— Elle est passée me voir à mon cabinet, hier après-midi.
— Hier après-midi ?
— Oui, c’est ce que je viens de vous dire.
— Étiez-vous chez elle cette nuit, vers quatre heures ?
— Non, à cette heure-là, j’étais rentré chez moi.
— Rentré chez vous ? Par quel moyen ?
— Pourquoi cette question ?
— Des voisins déclarent avoir vu mademoiselle Blackwell entrer chez elle vers minuit et demi. Elle était accompagnée d’un homme dont le signalement ressemble fort au vôtre. Cet homme roulait dans une Mercedes Classe E de couleur grise, immatriculée FBG 454. À l’heure qu’il est, cette voiture est tou-jours garée devant le domicile de mademoiselle Blackwell et il se trouve que vous en êtes le propriétaire. Je répète la ques-tion, par quel moyen êtes-vous rentré chez vous ?
Ils n’avaient pas perdu de temps.
— À pied.
— À pied ?
— Ou en taxi, je ne sais plus.
Je déteste les taxis, les banquettes sont crasseuses et les chauffeurs roulent comme des Huns. À pied me semblait plus probable, même si j’éprouvais quelques difficultés à concevoir que j’avais parcouru un kilomètre en titubant.
— Vous ne savez plus ?
— Franchement, non.
— Avant de rentrer chez vous — vous ne savez plus com-ment — vous étiez donc chez mademoiselle Blackwell ?
À l’heure qu’il était, ils avaient déjà prélevé les empreintes et auraient les résultats dans la journée. S’ils avaient accès à la base de données des États-Unis où je séjournais de temps à autre, ils sauraient dès ce soir que j’étais allé chez elle. Sans compter que je n’avais aucune raison de refuser qu’ils prennent mes empreintes.
Une image traversa mon esprit.
Ma cravate.
Je ne l’avais pas vue dans le tas.
— Oui, elle m’a offert un verre après sa visite au cabinet.
— Quel type de relation entreteniez-vous avec elle ? Était-ce une de vos clientes ?
Dilemme.
Dans trois ou quatre jours, ils auraient les résultats des analyses ADN. En plus de ma cravate, ils seraient en possession d’un de mes cheveux, de fibres provenant de mon costume, de quelques-uns de mes poils pubiens ou des restes de mes fluides intimes.
Si je répondais oui, je risquais d’être radié de l’Ordre des avocats.
Le code de déontologie était clair à ce sujet.
L’avocat se gardera de nouer avec son client des relations personnelles ou d’affaires qui compromettent son indépen-dance.
Si je répondais non, quelle était la nature de mes contacts avec elle ?
Mon regard balaya le salon à la recherche de la bonne ré-ponse. Je découvris avec horreur mon portefeuille, mes clés et ma montre sur la table basse, à deux pas d’où nous nous trou-vions. À leurs côtés se trouvait la Rolex en or et diamant de Nolwenn, une pièce d’une valeur de quatre-vingt mille euros au bas mot, mobile suffisant pour commettre un meurtre dans soixante pour cent des pays de la planète.
Si je ne l’avais pas volée, pourquoi me l’avait-elle confiée ?
L’avocat se gardera de pratiquer une méthode de rémuné-ration qui compromette son indépendance, par exemple en ac-ceptant en paiement certains biens ou services qui mettraient en péril, fût-ce en apparence, son indépendance, sa dignité ou sa délicatesse.
Comble de malchance, Witmeur avait suivi la direction de mon regard.
Je tentai de le distraire.
— Monsieur Witmeur, tout ceci me dépasse, je n’ai rien à voir dans cette affaire. C’est dramatique, j’en conviens, mais il s’agit sans doute d’un cambriolage qui a mal tourné.
Grignard intervint.
— Il n’y a pas eu d’effraction.
— Pas d’effraction ?
— Non, pas d’effraction. Ce qui signifie que l’assassin est entré avec elle. Ou qu’elle lui a ouvert la porte, à quatre heures du matin. Ou qu’il avait la clé. Vous voyez ?
Il fallait que je dessoûle, que je prenne du recul et que je trouve un moyen de me sortir de ce traquenard.
Je pris un ton formel.
— Messieurs, puis-je vous demander de me laisser le temps de prendre une douche et de m’habiller ? Je suis disposé à pas-ser vous voir en vos bureaux en fin de matinée ou dans l’après-midi pour répondre à vos questions. En attendant, je vous prierais de rester discrets avec cette histoire et de ne pas mêler inconsidérément mon nom à celui de mademoiselle Blackwell.
Witmeur fit un geste las en direction de Grignard.
Celui-ci sortit un quotidien de sa poche intérieure et le dé-plia.
C’était un exemplaire de l’édition du matin de la Dernière Heure.
À l’heure où ils avaient bouclé, les rédacteurs ne savaient pas encore que Nolwenn avait été assassinée.
J’apparaissais en première page. Sur la photo, prise dans le parking du Cercle Gaulois, Nolwenn était accrochée à mon cou et j’avais passé mon bras autour de sa taille.
Le titre jouait en demi-teinte.

Nolwenn Blackwell : contre-attaque en vue ou nouveau coup de foudre ?

Le mot jaillit du fond de mon subconscient.
— Bravo 

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