RÉCIT

19,90 euros - 240 pages

Parution le 21/05/2015

ISBN 978-2-35887-090-0

COLLECTION
DOCUMENTS

 

 

Banquier

Un Suisse dans le grand banditisme

François ROUGE , Ian HAMEL

Blanchiment d’argent, liens avec le crime organisé, fraude fiscale, deals aux montants indécents : pour la première fois, le président d’une banque suisse de gestion de fortune témoigne. Et pas n’importe lequel : François Rouge. Issu d’un milieu modeste, il devient très vite « broker » et fait fortune. Sollicité par les autorités suisses, il rachète à trente-six ans la Karfinco, la banque de l’affaire Mani Pulite en Suisse. Elle est rebaptisée Banque de Patrimoines Privés Genève (BPG) et il réalise alors son rêve : créer une plate-forme pour d’autres opérations plus ambitieuses. À bord de son jet privé, il gère les comptes de ses riches clients européens, notamment français, il dirige des hôtels de luxe, administre des sociétés dans le monde entier, et supervise — entre autres — les fonds pétroliers du pouvoir angolais, des Bahamas aux États-Unis en passant par Zurich. Mais l’univers compassé de la gestion de fortune genevois l’ennuie. Alors François Rouge s’associe à des « hommes d’affaires » corses pour mettre la main sur des restaurants et le  cercle de jeux Concorde, rapidement devenu l’enjeu de violents conflits entre deux clans liés au grand banditisme. C’est la descente aux enfers : arrêté, mis en examen et incarcéré aux Baumettes, à Marseille, François Rouge est aussitôt banni de la bonne société genevoise. Certains appuis le lâchent et ses associés lui tournent le dos, il doit brader sa banque. Condamné à dix-huit mois de prison, il ne souhaite pas maintenant régler ses comptes, mais plutôt raconter de l’intérieur le vrai pouvoir, celui de la finance.

RÉCIT

19,90 euros - 240 pages

Parution le 21/05/2015

ISBN 978-2-35887-090-0

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Les Auteurs

François ROUGE

François ROUGE

Président du conseil d’administration et l’actionnaire de référence d’une banque suisse de premier plan, la banque de patrimoines Privés Genève (BPG), François Rouge a connu la prison : il raconte les arrière-cuisines de banques compassées de la confédération helvétique lors de ces années qui ont vu la finance devenir folle.

 

Ian HAMEL

Ian HAMEL

Ian Hamel est un journaliste français, correspondant du Point à Genève et collaborateur de L'Agefi, le quotidien suisse de la finance. Depuis deux décennies, il croise les principaux acteurs politiques, économiques et financiers de la Confédération helvétique.

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Le 25 septembre 2013, François Rouge, ancien président du conseil d’administration de la Banque de Patrimoines Privés Genève, est condamné à dix-huit mois de prison par le tribunal correctionnel de Marseille pour « association de malfaiteurs en vue du blanchiment en bande organisée » et pour « blanchiment en bande organisée » dans l’affaire du cercle de jeu Concorde. Son ancien associé corse, Paul Lantieri, écope de trois ans. Compte tenu d’une détention préventive de près de neuf mois à la prison des Baumettes à Marseille de 2007 à 2008, François Rouge sort libre. Dans la presse helvétique, l’ancien banquier lâche : « Dans ces conditions, tous les membres de l’Association suisse des banquiers pourraient être mis en examen pour des faits de blanchiment de fraude fiscale ! » En d’autres termes, la justice française pourrait emprisonner tous les banquiers de la Confédération, François Rouge n’ayant pas fait pire que la plupart d’entre eux. Plutôt même moins, comparé à UBS et à HSBC Private Bank Genève.
À 54 ans, François Rouge a perdu sa banque, une grande partie de sa fortune et la plupart de ses amis. Il vit séparé de sa femme et de quatre de ses cinq enfants. Il est devenu chercheur d’or au Tadjikistan, à un tir de kalachnikov de la frontière afghane, à moins qu’il ne renifle des traces de pétrole dans le Nevada. Ou qu’il soigne des vignes dans le Midi de la France. Un parcours pour le moins atypique. Né en 1961 à Genève de grands-parents allemand, espagnol, français et italien, François Rouge a été disc-jockey et professeur de maths et de physique pour se faire de l’argent de poche. Il a vendu du matériel de sonorisation et d’éclairage dans des boîtes de nuit, il est devenu administrateur de Thomson-CSF en Suisse, et d’une société spécialisée dans l’usinage de pièces mécaniques pour l’avion de combat américain F/A 18. Il a géré des palaces.
Et surtout, à 36 ans, François Rouge met la main sur l’ancienne Karfinco, une petite banque montée à Genève par des hommes d’« affaires » italiens, tous en-glués dans l’opération « Mani pulite ». « 99 % de la clientèle de la Banque de Pa-trimoines Privées Genève (BPG) n’était pas en règle avec le fisc », reconnaît-il, avant d’ajouter : « Je sais que, quelles que soient les époques, quels que soient les pays, dès qu’il faut abandonner plus d’un tiers de ses revenus au fisc, l’homme cherche à frauder. Le combat actuel contre les paradis fiscaux n’y changera rien. On trouvera forcément d’autres moyens pour cacher son argent ». Quant à ses clients à risque, en particulier l’État angolais, ils étaient gérés depuis sa filiale des Bahamas.
Mais riche, admiré, parfois craint, le banquier a commencé à s’ennuyer dans cette Genève calviniste. D’où l’idée de créer avec Paul Lantieri, cousin du maire de Bonifacio, deux restaurants à Aix-en-Provence, dont La Rotonde, donnant sur le célèbre cours Mirabeau. Puis un autre établissement à Paris, Le Rich, attenant au cercle de jeu Concorde. Toujours avec Paul Lantieri, mais aussi avec d’autres Corses, cette fois liés au grand banditisme, ce que, jure-t-il, il ne découvrira que plus tard. Le banquier a payé très cher son intrusion dans l’univers de la criminalité organisée. Fin 2007, le cercle est fermé, François Rouge se retrouve derrière les barreaux. Huit mois et demi à l’isolement, avant d’être assigné à résidence dans le Sud de la France. En 2009, l’ancien broker de Merrill Lynch est contraint de brader sa banque. Dans l’opération, il estime avoir perdu des dizaines de millions d’euros, sans parler de sa réputation. Certaines publications ne se sont pas gênées pour le présenter comme « le financier de la mafia ».
Dans ce livre d’entretiens, François Rouge jette un regard lucide et sans com-plaisance sur son métier de banquier. Début 2015, l’opération SwissLeaks a révélé que HSBC Private Bank Genève ne se contentait pas d’aider des vedettes du show-biz, des avocats, des hommes d’affaires, à dissimuler leurs économies. Elle ne rechignait pas non plus à blanchir l’argent des tyrans du tiers-monde, des tra-fiquants de drogue mexicains et des parrains d’Al-Qaida. « Je suis très pessimiste sur l’avenir de la place financière helvétique. Elle a trop longtemps vécu sur sa réputation, profitant, sans trop se poser de questions, du secret bancaire. Depuis que celui-ci est mis à mal, que va-t-il rester ? Car, contrairement à ce que l’on croit souvent, les banquiers suisses ne sont pas très bons pour faire fructifier l’argent de leurs mandants. Ils n’ont, pour seules qualités, que de se montrer plutôt méticuleux et relativement honnêtes. Ils ne « traient » pas trop la clientèle, contrairement à d’autres places financières », raconte l’ancien banquier.
Cynique ? « Il y a peu de choses qui heurtent ma sensibilité morale en matière d’argent. J’ai peut-être blanchi, sans doute corrompu. Je ne me considère pas pour autant comme un banquier pourri », par référence au titre d’un ouvrage intitulé Confessions d’un banquier pourri, écrit il y a quelques années par un certain Crésus qui, lui, n’était pas un vrai banquier.
François Rouge aime dire qu’il n’a jamais perdu ni son honneur ni sa dignité, et que, sur toute la planète, personne ne peut dire qu’il a failli à ses engagements.

Les vérités de Roland Cassone : « Je ne suis pas un homme d’argent »
Fiché depuis trente ans au grand banditisme, présenté comme proche de Jacques Imbert, dit Jacky le Mat, et désigné comme le parrain du milieu corso-marseillais, Roland Cassone ne s’était jamais confié. Il reproche à la police comme à la justice et aux journalistes d’avoir brodé autour de lui une légende qui ne correspondrait guère à la réalité. À 71 ans, cette étiquette de « personnalité du milieu » commence à lui peser. « Avant j’en riais, maintenant, j’ai plutôt envie d’en pleurer », lâche-t-il, affirmant qu’il n’aspire qu’à mener une paisible retraite à Simiane-Collongue, une petite bourgade entre Aix-en-Provence et Marseille. En septembre 2013, il n’a fi-nalement été condamné qu’à dix mois de prison pour détention sans motif légitime d’un pistolet automatique. En revanche, Roland Cassone obtenait une relaxe pour tous les autres chefs d’accusation dans la fameuse affaire du Cercle Concorde, fermé en décembre 2007 à Paris.
Incarcéré aux Baumettes, Roland Cassone fait la connaissance d’un autre dé-tenu, le banquier suisse François Rouge, patron de la Banque de Patrimoines Privés Genève (BPG), mis en cause dans le même dossier. Ces deux hommes, qui n’auraient jamais dû se croiser, ont noué depuis une solide amitié. Dans le cadre de ce livre d’entretiens, révélant vingt-cinq ans de la vie d’un financier genevois, François Rouge a convaincu Roland Cassone de répondre à une interview. Elle a eu lieu le 18 mars 2015 au bar du Sofitel-Vieux-Port à Marseille, durant deux tours d’horloge.
Pas très grand, le front dégarni, des lunettes, portant un blouson noir et un pantalon gris élégant, Roland Cassone est arrivé à l’heure, accompagné de François Rouge. D’humeur égale durant tout l’entretien, ce maçon à la retraite s’est exprimé toujours très calmement, sans élever la voix, et même plus souvent que je ne l’escomptais, en souriant.
L’article que vous consacre Wikipedia vous fait naître en 1934. Il affirme que vous êtes d’origine calabraise et que vous êtes considéré comme un parrain des jeux.
C’est bien la preuve que l’on écrit n’importe quoi sur moi. Je suis né en 1944, je suis d’origine sicilienne et non calabraise. Quant aux jeux, non seulement je n’en suis pas le parrain, mais je n’ai jamais rien eu à voir de près ou de loin avec cette activité. Ce sont les policiers français qui tentent de me la mettre sur le dos, tandis que leurs homologues américains m’accusent sans preuve de trafic de drogue.
De plus, cet article prétend que des relevés bancaires démontreraient mon im-plication dans le financement du Cercle Concorde. C’est totalement faux, j’ai été, au contraire, blanchi de toute responsabilité dans ce cercle de jeu. La justice a eu accès à tous mes comptes bancaires. Elle a pu voir que je n’ai jamais perçu un centime du Cercle Concorde, ou investi dans ce dernier.

À ce moment-là, François Rouge intervient dans l’entretien, précisant qu’il y a eu une commission rogatoire internationale envoyée en Suisse concernant sa banque, la BPG, et d’éventuels comptes pouvant appartenir à Roland Cassone. Les investigations n’ont rien donné.
Vous refusez cette étiquette de parrain qui vous colle à la peau. Malgré tout, vous n’êtes pas non plus M. Tout-le-Monde. Vous portez un gilet pare-balles et vous ne vous séparez pas de votre pistolet.
Il faut préciser que j’ai été victime d’un attentat en avril 1978. Mon frère Serge, qui conduisait la voiture, a été tué. Grièvement blessé, j’ai failli mourir. Depuis, j’ai toujours une arme à portée de main. Et c’est exact, que la police a trouvé un gilet pare-balles dans le coffre de ma voiture lors de mon arrestation en novembre 2007.
Mais on dit pourtant que vous ne quittez jamais votre gilet pare-balles, même pour tailler vos haies dans votre jardin. Lorsque les policiers vous ont interpellé le 28 novembre 2007, avec un pistolet et un chargeur dans chaque poche, vous au-riez expliqué que « c’est un peu comme quelqu’un qui aurait une pipe et deux paquets de tabac dans la poche, ça fait partie de la panoplie ».
La citation est bien de moi. J’aime aussi plaisanter, comme au tribunal, quand on m’a posé la question sur mon gilet pare-balles : j’ai répondu que j’avais entendu dire que je dormais avec. J’ai ajouté que je n’ai pas encore essayé de prendre un bain avec. Pour être précis, lors de mon arrestation, j’étais dans ma salle à manger avec mes petits-enfants en train de lire le journal. Mais c’est vrai, j’avais un pistolet Glock 9 mm dans la poche, et quelques chargeurs.
J’ai également lu que votre Mercedes était blindée et que vous aviez une pan-thère pour protéger votre domicile, transformé en vraie forteresse…
Comment les journalistes peuvent-ils écrire tout ça ? Je ne leur parle jamais. Non, je n’ai pas de Mercedes blindée. Quant à ma maison, pourquoi pas des meurtrières et des miradors ? C’est ridicule. On n’arrête pas d’écrire ou même de dire n’importe quoi sur moi. On m’a assuré récemment que j’avais un restaurant sur le Vieux-Port ! En fait, je vis pratiquement comme un moine à Simiane.
Malgré tout, l’histoire de la panthère n’est pas totalement inventée. C’est mon fils qui l’avait recueillie quand l’animal était bébé. Comme il vivait dans un apparte-ment, il n’a pas pu garder le félin quand celui-ci a grandi et il me l’a confié ! La panthère vivait dans un enclos avec mes chiens de chasse. Un jour, je l’ai laissée sortir pour une promenade et elle a grimpé dans un arbre. Elle ne voulait plus descendre. Je me suis résolu à la donner à un parc animalier.
Vous vous présentez aujourd’hui comme un simple retraité du bâtiment. Malgré tout, vous avez eu autrefois une vie un peu « mouvementée ». Étiez-vous en contact avec des personnes liées au grand banditisme ?
Vous pensez sérieusement que le milieu marseillais existe ? Il a peut-être existé du temps d’Antoine et de Mémé Guérini. Mais c’était il y a longtemps. Ce n’est pas de mon époque. Personnellement, je n’ai jamais voulu faire de mal à quiconque. Mais on a tué mon frère. Je suis entré en résistance. Je me suis conduit en hommeJe me suis protégé. Je n’ai rien de plus à dire.
Un jour, les policiers vinrent m’interroger pour me dire que l’un des assassins présumés de mon frère avait été tué. Je répondis aux flics : si vous saviez qu’il avait tué mon frère, il fallait l’arrêter !
Vous avez été soupçonné de meurtres, notamment de celui du caïd Jean-Toussaint Giacomoni, dit Nœnœil, en juin 1993 à Paris. Giacomoni avait été le garde du corps de Paul Mondoloni, l’un des parrains des jeux et de la came.
Je connaissais Jean-Toussaint Giacomoni. J’ai été interrogé par la police après son meurtre, on a vérifié mon ADN, et ça s’est arrêté là. Je n’ai rien à voir avec sa mort. Mon neveu a fait quelques mois de prison avant d’être lui aussi disculpé.


La police et la presse écrivent que vous étiez très ami avec Jacques Imbert, dit Jacky le Mat ?
Oui, je le connaissais. J’étais ami ? Ami, c’est peut-être un grand mot. Mais je suis un homme fidèle.
Et Francis Vanverberghe, dit Francis le Belge, l’avez-vous connu ?
Je l’ai croisé en prison, il y a très longtemps. Je n’ai jamais eu aucune relation avec lui, même si j’ai pu le rencontrer par la suite.
On dit également que vous auriez été proche du gang de la Brise de mer, ce groupe qui doit son nom à un bar du Vieux-Port de Bastia.
J’ai dû croiser des personnes qui fréquentaient la Brise de mer. Ça ne fait pas de moi quelqu’un de proche de la Brise de mer. Ici, il suffit de rencontrer deux fois un homme pour qu’aussitôt certains prétendent que nous partageons les mêmes in-térêts, et surtout, que nous voulons nous partager Marseille ! Contrairement à ce qu’écrivent des livres et des magazines, le crime organisé n’existe pas en France.
Si quelqu’un osait vous demander si vous appartenez au milieu, que lui répon-driez-vous ?
Je lui répondrais que je suis un homme. Et pour être un homme, nul besoin d’appartenir au milieu. D’ailleurs, dans le milieu, rencontre-t-on beaucoup d’hommes ? On n’a jamais cessé de tenter de me mouiller dans une multitude d’affaires. J’ai toujours bénéficié de non-lieux. En revanche, cette médisance m’affecte et affecte ma fille. On a reproché à ma fille ses mauvaises fréquentations pour entraver ses brillantes études universitaires. Et bien, ses mauvaises fré-quentations, c’était moi, son père !
Malgré tout, certains vous accordent un vrai pouvoir à Marseille, notamment sur l’OM. Dans « Histoire secrète de l’OM », un chapitre s’intitule « L’ombre du Milieu » et évoque longuement vos relations avec Robert Louis-Dreyfus, l’ancien président du club phocéen, de 1996 à 2009.
Je n’ai pas lu ce livre. Mais c’est exact, j’ai rencontré à de nombreuses reprises Robert Louis-Dreyfus. Sans me vanter, j’ai permis à l’OM de ne pas descendre en deuxième division.
Pouvez-vous être plus précis ?
Avant un match entre l’Olympique de Marseille et le PSG, au stade Vélodrome, en février 2001, des supporters en colère menaçaient de lancer une centaine de fu-migènes. La compétition n’aurait pas pu avoir lieu et le club marseillais risquait d’être relégué en deuxième division. Je suis intervenu pour que les supporters restent calmes. On m’a écouté. J’ai agi ainsi pour le bien de l’OM, dont je suis moi-même un supporter depuis longtemps.
Vous confirmez donc vos rendez-vous avec le propriétaire de l’OM ?
Absolument. Il est venu à plusieurs reprises à mon domicile. Robert Louis-Dreyfus en avait assez, les supporters insultaient Margarita, sa femme, et il se faisait rouler de tous les côtés par les dirigeants de l’OM. J’ai trouvé que c’était un homme courageux, pour avoir pris la tête du club et y dépenser son argent. J’ai décidé de l’aider bénévolement. Alors que tous les responsables du club lui fai-saient les poches, moi, je ne lui ai jamais demandé un centime. Et quand nous déjeunions ensemble, c’est moi qui payais l’addition. Louis-Dreyfus n’en revenait pas. Mais c’est comme ça, je ne suis pas un homme d’argent.
Pourtant, il était prêt à m’envoyer son avion personnel pour que je lui rende visite en Suisse.
Quels conseils lui avez-vous donné ?
Que tout était pourri de A à Z à l’OM et qu’il devait se séparer de tout le monde. Louis-Dreyfus m’a répondu que, malheureusement, il ne pouvait pas.
Louis-Dreyfus vous a-t-il expliqué pourquoi il avait recruté Bernard Tapie comme directeur sportif ?
Quand il m’a annoncé le retour de Bernard Tapie, j’en suis tombé par terre et je lui ai répondu : « Surtout pas Tapie ». Il ne m’a pas écouté, me répondant qu’il n’avait pas d’état d’âme le concernant. En fait, Louis-Dreyfus s’est toujours laissé embo-biner et il n’a pas voulu faire le ménage. Résultat, l’OM n’a jamais gagné avec lui. Or, Marseille n’est pas une ville de sportifs, mais de gagnants. Quand le club remporte des victoires, les tribunes sont combles. Quand l’OM perd, le stade se vide.
Vous ne vous intéressiez pas qu’à l’OM. En février 2002, votre fils Robert a pris la présidence de l’OGC Nice.
C’est mon fils, ce n’est pas moi. Il avait trente ans et j’ai appris l’information par la presse. C’est moi qui lui ai donné l’ordre de quitter ce club. Ce qu’il a fait rapi-dement. De toute façon, il n’avait pas suffisamment d’argent pour racheter la tota-lité du club.
Sur un tout autre sujet, vous avez retrouvé le corps de votre oncle résistant, tué par les Allemands il y a 70 ans. Comment s’est passée cette recherche ?
Mon oncle, qui vivait à Marseille, a été donné par des flics français aux Alle-mands, qui l’ont exécuté à Lyon. Après de longues investigations, nous avons réussi à mettre la main sur l’un des deux policiers français responsables de son arrestation. Il vit en Corse et il a aujourd’hui autour de 95 100 ans. Il a fini par nous faire indiquer comment nous pourrions retrouver le lieu où avait été enterré le corps de mon oncle. Quant à ce flic, il n’a jamais été inquiété, il a même réussi à se faire passer pour un résistant à la Libération. Il a occupé de très hautes fonctions à Marseille. S’il y avait tant de résistants en France, on se demande ce que sont venus faire les Américains !
Vous avez finalement écopé de dix mois de prison en 2013 pour la simple dé-tention d’un pistolet. N’est-ce pas cher payé ?
Dix mois de prison, c’est logique, mais ce n’est pas bien. Je suis victime de l’image qu’ont dressée de moi les journalistes !
La juge d’application des peines voulait me mettre en prison. Elle n’avait même pas pris la peine de lire mon dossier et de constater que j’avais déjà été incarcéré en préventive.
Qu’est ce qui vous rapproche de François Rouge ?
Les valeurs, le sens de l’honneur. Nous partageons un certain nombre de valeurs. Ce n’est sûrement pas l’argent qui nous rapproche. Je ne m’intéresse pas à ses activités professionnelles ou aux moyens dont il dispose.

 

 

CHAPITRE I

 

« Je voulais devenir géologue »
François Rouge, à l’origine, vous n’êtes pas l’héritier d’une grande famille de la banque privée genevoise, comme les Pictet, les Lombard, les Mirabaud ou les Bordier.
Non, mais je suis un fils de la Genève cosmopolite. Du côté paternel, j’ai un grand-père espagnol et une grand-mère allemande. Du côté de ma maman, un grand-père d’origine italienne et une grand-mère française. Malgré tous ces brassages, je n’ai qu’un passeport suisse. Ma mère venait d’un milieu bourgeois. Elle a eu la chance d’hériter à de multiples reprises, peut-être quatre fois. Mais comme c’était une grande dépensière, nous nous retrouvions périodiquement complètement fauchés.
En revanche, papa était d’un milieu très modeste. Son père vendait du charbon. Mais c’était un play-boy, un boute-en-train, et surtout un grand sportif, fou de voile, de plongée sous-marine, de pêche, sélectionné pour les Jeux Olympiques de Mexico. Il a toujours su s’entourer d’amis riches qui lui demandaient de convoyer leurs bateaux en Méditerranée ou dans l’océan Indien. Ma mère et mon père ont surtout brûlé la chandelle par les deux bouts – chacun de leur côté – ils se sont séparés quand j’avais deux ans. Quand ils ont disparu, respectivement en 2003 et en 2006, j’étais bien évidemment très triste, mais en même temps je me suis consolé en me disant qu’ils avaient bien vécu. Moi-même, je n’ai pas peur de mourir ; en revanche, je crains davantage de souffrir de maladie. Découvrir que je n’avais pas peur de mourir, ça a été la pire des découvertes. C’est affreusement triste.
Des frères, des sœurs ?
Une sœur, Corinne, qui avait six ans de plus que moi. Elle était toxicomane, elle est morte du sida en 1995 à l’âge de 39 ans. Elle avait épousé un toxico, également emporté par la même maladie. Quant à son jeune fils, il a été tué par un chauffard alcoolique… Je n’ai pratiquement pas vécu avec ma sœur. Elle a quitté la maison à douze ans, enceinte jusqu’aux yeux. C’était une fille ravissante, grande, blonde, très intelligente, très douée pour les langues, pour les arts graphiques.
Mais elle avait le don de ne s’acoquiner qu’avec des camés, des voleurs, des bons à rien. Elle faisait du trafic, et donc de la taule. Pour y échapper, elle s’est même barrée à Londres pendant près de deux ans. Bien évidemment, je l’ai sou-tenue financièrement à son retour à Genève. Mais comment aider une droguée ? Elle me réclamait de l’argent pour acheter un vélomoteur, et je découvrais qu’elle l’avait dépensé pour s’approvisionner en héroïne…
C’est Zola, version Cité de Calvin, que vous nous racontez…
Je ne conserve pas de mauvais souvenirs de mon enfance. Ma grand-mère ma-ternelle était la fille d’un amiral français. Mon grand-père, respectable bourgeois genevois, travaillait dans les tissus et les soies. Grâce à eux, ma mère et moi avons reçu une excellente éducation. Résultat, je sais me tenir quand il le faut. C’est très utile dans la vie et dans le monde des affaires. Comment ne pas envier l’existence de ma mère ? Elle était mondaine, oisive, et une décennie après le départ de mon père, elle a vécu avec un fils de médecin issu d’un milieu très aisé.
Papa adorait pêcher. Comme il n’a jamais travaillé très sérieusement, il passait douze heures par jour sur le lac Léman. Quant à moi, j’ai eu très tôt mon propre appartement. À 13 ans. Comme je jouais de la trompette et que je faisais trop de bruit, ma mère a préféré que je ne dorme pas sous le même toit. Je n’ai pas eu la même existence que mes copains d’enfance. Curieusement, je fréquentais plutôt des étrangers, en particulier des Italiens, des fils de garagistes ou de concierges. Bref, surtout des prolos.

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