ROMAN

20,90 euros - 448 pages

Parution le 11/01/2018

ISBN 978-2-35887-233-1

COLLECTION
LITTÉRATURE

 

 

Simple mortelle

Lilian BATHELOT

Au cœur de l’Aude, Nicole s’apprête à refaire sa vie et à prendre en charge l’école d’un petit village. Dès son arrivée, elle se lie avec Louis, homme charismatique au passé trouble qui l’initie à la beauté minérale des montagnes. Dans cette région, la pureté du paysage est menacée par un barrage qu'on édifie à quelques kilomètres de là et Nicole découvre en son amant un militant écologiste solitaire et organisé, prêt à tout pour défendre ses convictions. Mais autour de ce projet de construction, des puissances qui les dépassent s’affrontent et des adversaires inattendus prennent Louis pour cible. Bientôt s’engage dans les montagnes une traque dont l’issue semble implacable. 

Avec Simple mortelle, Lilian Bathelot signe un nouveau roman noir engagé porté par une écriture lumineuse et des personnages d’une puissante humanité.

ROMAN

20,90 euros - 448 pages

Parution le 11/01/2018

ISBN 978-2-35887-233-1

COLLECTION
LITTÉRATURE

L' Auteur

Lilian BATHELOT

Lilian BATHELOT

Né en 1959 dans le Sud de la France, Lilian Bathelot a été cracheur de feu, conseiller en communication, ouvrier, professeur de philosophie, employé dans le bâtiment, champion de tir, etc. En 1997, il se lance dans l’écriture et devient l’auteur d’une œuvre variée allant du roman noir à la littérature jeunesse en passant par le théâtre. 

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Almanach des chasseurs, édition de 1964.
Dimanche 6 décembre
Soleil : lever 8 h 29
coucher 16 h 54
Lune : montante (5 %)
Saint Nicolas, sainte Nicole
Dicton du jour :
Vent de sainte Nicole rend les filles frivoles.
Caractère des Nicole :
Les Nicole n’aiment pas le hasard. Elles préfèrent la réflexion et l’analyse qui les mènent à la réussite de ce qu’elles entreprennent.
Organisées et persévérantes, soigneuses et déterminées, elles sont efficaces dans la conduite d’une maisonnée et l’accomplissement des tâches ménagères.
Les Nicole ont une grande sensibilité et le besoin d’être épaulées par ceux qu’elles aiment.
Réservées, timides à l’occasion, elles ne vont pas facilement à la rencontre des autres. Mais, lorsque l’on sait gagner leur confiance, elles deviennent des alliées solides et dévouées.
En amour, les Nicole n’aiment pas les approches directes. Patience et persévérance seront nécessaires pour conquérir leur coeur.
Mais le jeu en vaut la chandelle, messieurs, car les attentions qu’elles manifestent quand elles sont conquises suffisent à faire le bonheur d’un homme, dans la tenue d’un ménage aussi bien que dans les jeux de l’amour.
 
Le vent chaud entre dans la vaste pièce du mas par les fenêtres ouvertes.
Elle a pris le vieil almanach dans l’improbable bibliothèque de cette improbable maison, l’a feuilleté, est tombée sur le jour de sa fête.
Elle n’a pas conscience de l’avoir cherché. L’idée que c’est un signe lui passe par la tête.
À ce moment-là, elle est disposée à voir des signes.
Les yeux perdus sur la couverture souple du livre jauni, elle pense à ce qu’elle vient de lire. Elle sourit.
Son regard glisse, accroche ses pieds nus sur le plancher grossier. Elle les aime, ses pieds, là. Ses yeux s’écarquillent. Oui, elle les aime, elle le sent dans sa poitrine.
Quelques pas. Elle marche vers la lumière, vers la terrasse que le soleil de midi matraque.
Une brise brûlante agite les pans de la chemise trop grande qui flotte sur son corps. Son ombre danse sur les dalles de pierre blanche.
C’est beau, tout en mouvement, tout en contrastes.
Elle sourit.
Un raclement, à l’étage de la vieille bâtisse. Elle lève les yeux. L’homme y est monté, voici quelques minutes. Ce sont ses pas qui vont et viennent. Il cherche un fer à repasser dans son fourbi.
Elle l’imagine, là-haut, à trifouiller dans ses affaires en pagaille, pense que c’est pour elle qu’il cherche.
Elle ferme les yeux, emportée dans une émotion insensée.
Elle sourit encore.
À ce moment-là, tout la fait sourire.
 
 
 
 
Cher Monsieur,
 
Le manuscrit que vous trouverez sous ce pli se suffit sans doute à lui-même. Il me semble pourtant utile d’éclairer les circonstances qui m’ont amenée à en être la première lectrice et à décider de le dactylographier pour vous le faire parvenir.
Ce texte m’a été remis par son auteur, Louis Lacan, un personnage singulier du petit village où j’ai été nommée institutrice à ma sortie de l’IUFM.
Son premier feuillet était griffonné à la hâte au dos d’une facture jaunie concernant la réparation d’un carburateur de Mobylette par un concessionnaire de Castel-Louis (département de l’Aude).
Jusqu’à la dernière page, c’était la même écriture rapide jetée sur des feuilles de récupération disparates surchargées de ratures.
Je conserve précieusement l’original dont le pittoresque culmine à la douzième page, rédigée sur une pièce de papier d’emballage de la charcuterie Cance.
Mais, ici comme ailleurs, le pittoresque n’est qu’une expression superficielle de l’authenticité, qui porte avec elle une forme de bonheur beaucoup moins anecdotique.
Tout en écrivant, je me rends compte que mes explications devront être un peu longues si je veux qu’elles soient claires.
J’ai rencontré Louis Lacan au début du mois de septembre. Je me rendais à Malissègre pour la première fois, sans parvenir à me défaire du sentiment d’appréhension diffuse qui s’était installé depuis le coup de fil inattendu du rectorat m’annonçant ma première nomination, aux aurores, le matin même.
Depuis Montpellier où j’habitais alors, j’avais dû rouler deux heures pour m’approcher de ce point minuscule difficile à localiser sur la carte Michelin au 1 / 200 000e.
Il faut dire que je n’avais été admise qu’avant-dernière sur la liste supplémentaire du concours de sortie de l’IUFM, et que j’avais été repêchée, contre toute attente, grâce à une cascade de défections en chaîne sur ce poste reculé.
Je devais me résoudre à l’accepter sur-le-champ, ou à renoncer purement et simplement au bénéfice du concours. Trancher cette question n’avait rien d’une évidence.
J’avais emprunté l’autoroute jusqu’à Carcassonne, puis une belle nationale jusqu’à Limoux. À partir de là, les routes départementales s’étaient faites de plus en plus étroites et sinueuses au fur et à mesure que je m’enfonçais dans les montagnes.
J’étais ébranlée, car ce long parcours m’avait laissé le temps de mesurer que, contrairement à ce que j’avais d’abord voulu imaginer en survolant la carte, il me serait parfaitement impossible d’effectuer les trajets de façon quotidienne.
Si j’acceptais le poste, je devrais habiter sur place.
Au téléphone, le maire de la commune avait apporté à mes interrogations des réponses sans doute bienveillantes, mais bien peu rassurantes. Au détour d’une phrase, il s’était tout bonnement proposé de « faire installer l’eau chaude et refaire la toiture » de l’appartement de fonction qui occupait l’étage de l’école. « Aux frais de la commune », avait-il ajouté, sérieux comme un notaire dans une affaire de succession.
Il m’avait ensuite expliqué que cet appartement était resté inoccupé depuis la prise de poste de la précédente institutrice, arrivée à Malissègre quarante années en arrière.
À cette époque, la commune n’avait pas eu à moderniser l’appartement de fonction – qui en avait déjà besoin –, car la jeune maîtresse nouvellement nommée avait presque aussitôt épousé un paysan du cru et avait emménagé à la ferme.
L’appartement restant désaffecté, les municipalités successives n’avaient jamais songé à effectuer les travaux déjà nécessaires à la fin des années soixante-dix.
Pendant le voyage, j’avais eu le temps de soupeser les promesses de « réfection de toiture » et « d’installation de l’eau chaude dans les meilleurs délais » qui me laissaient passablement dubitative.  La perspective d’établir un campement de survie dans un champ de ruines, en chantier de surcroît, ne correspondait pas exactement aux conditions idéales pour faire mes premières armes d’institutrice, coupée du monde, face à une classe unique.
À chaque kilomètre, je découvrais un nouveau désavantage au fait que presque une heure me serait nécessaire pour rallier la ville la plus proche – à condition de considérer que Limoux fût une ville – et je sentais monter cette fébrilité particulière qui naît de devoir trancher une question importante sans avoir en main tous les éléments de réponse.
Ces pensées agitaient mon esprit lorsque l’orage a éclaté.
Mon auto escaladait les lacets de la route et des nuages noirs avaient subitement avalé la montagne. Le village accroché à son flanc, là-haut, avait disparu avec elle.
Les nuées anthracite gonflaient à une vitesse incroyable. En quelques minutes, les ventres noirs des nuages s’étaient alourdis comme des panses, puis ils avaient crevé en accrochant les crêtes. Les gouttes claquaient comme des coups de feu sur les tôles de l’auto. Instinctivement, j’ai baissé la tête.
Une lumière sombre brassée par les bourrasques s’était installée comme un sortilège.
Tout de suite, les essuie-glaces furent submergés ; je ne parvenais plus à discerner la route qu’une fugitive fraction de seconde entre chaque balayage.
La pente bordant la route était extrêmement abrupte – autant dire un précipice – et il eût été prudent d’arrêter la voiture. Mais je continuai, quoiqu’à une allure très réduite.
C’est alors que les premiers grêlons commencèrent de tomber, des billes de glace de la taille de mon pouce.
Ils bombardèrent la voiture avec une violence telle que j’ai cru qu’ils allaient faire éclater le pare-brise.
À cet instant, le premier éclair embrasa la pénombre tombée du ciel et un coup de tonnerre craqua tout près de moi, ébranlant la montagne.
Cette fois, je stoppai net.
Désarmée, les paupières crispées sur mes yeux clos, la tête enfoncée dans les épaules, je subissais les assauts de l’orage. Le craquement assourdissant du tonnerre couvrant la mitraille de la grêle sur la tôle m’arrachait à chaque fois un sursaut, alors que l’embrasement des éclairs transperçait mes paupières closes.
Je repliai mes bras sur mon visage, et mon esprit se perdit dans l’obscurité des tambours qui battaient ma poitrine.
 

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