THRILLER

19,90 euros - 308 pages

Parution le 06/05/2021

ISBN 978-2-35887-759-6

COLLECTION
LITTÉRATURE

 

 

Noir Diamant

Jean-Hugues OPPEL

Officier à la CIA, Lucy Chan a survécu à une explosion qui aurait dû lui être fatale. Comble de l’ironie, c’est l’agence qui l’emploie qui a décidé de cette frappe ciblée qui la condamnait. De quoi lui donner envie de passer pour morte et de disparaître. Mais il y a à la CIA une femme qui ne peut croire que Lucy soit une mortelle comme les autres. Son ancienne formatrice, Darby Owens, aujourd’hui sous-directrice à l’Agence, a bien l’intention de retrouver la jeune femme. Car un agent invisible, que tout le monde pense mort et qui ne figure plus dans aucun registre, peut parfois rendre des services inestimables. Justement, à la frontière franco-allemande, il faudrait aller voir ce qui se trame...
De manigances secrètes en combats explosifs, Jean-Hugues Oppel nous guide sur les traces de deux femmes qui jouent un jeu trouble sur l’échiquier des tractations internationales.

 

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THRILLER

19,90 euros - 308 pages

Parution le 06/05/2021

ISBN 978-2-35887-759-6

COLLECTION
LITTÉRATURE

L' Auteur

Jean-Hugues OPPEL

Jean-Hugues OPPEL

Jean-Hugues Oppel est l'un des grands noms du thriller politique français. Il est également auteur de romans noirs, romancier pour la jeunesse, scénariste... Son roman Six-Pack a été adapté au cinéma. Il a été le lauréat du Grand Prix de littérature policière et du prix Mystère de la critique.

Ce qu’en dit la presse

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« Seuls les morts ont vu la fin de la guerre. »

Platon

 

 

 

AVERTISSEMENT

 

Dans le monde quantique, l’existence des univers parallèles est un postulat envisagé quoique controversé. Ainsi, dans l’univers où se situe le déroulement des pages suivantes, il est parfaitement plausible que le président américain battu aux élections n’ait jamais été malade puisque la maladie n’existe pas ; ceux et celles qui connaissent déjà Lucy Chan ne seront pas surpris de la (re)trouver là où elle se trouve ; les autres le seront sans doute, mais trouveront très vite des réponses à leurs interrogations et poursuivront leur lecture sans handicap.

 

 

 

PLUS TARD

 

 

 

… mais par-dessus tout je suis une licorne

 

     parce que la sous-directrice Darby Chelsea Owens

     a raison

 

                        je ne m'appartiens plus

 

         je suis sortie malgré moi du monde réel

 

 j’en ai été enlevée arrachée  extirpée pour devenir

un mythe

 

             une chimère

 

                                        une légende

 

je suis une légende

 

                                    je suis

                                                              je suis

 

 

 

 

    je

            suis

                         Lucy

                                          Rogue !

 

 

 

 

 

 

KitDik666

Quoi de neuf, gros !?

L’impression que l’économie ultra-libérale te prend à la gorge ?

Tu l’as dit, bouffi et les bouffies aussi !

Alors suivez les messages avisés de votre nouvel ami Kit Dik deubeule oh sévene et vous serez sauvés… peut-être ?

C’est touitté KD007, yo man !

 

 

 

 

délire… délire images psychédéliques…

 

                          je n’ai pas fumé… enfin je crois…

 

    non ça me revient… je… suis… Lucy… Rogue…

 

        ils me poursuivront

        me chasseront

        une traque…

 

                          je dois devenir invisible.

                          méffacermévaporerpfuiiit

                          pfuiiit disparaître dispa…

 

je n'ai plus mon couteau

moncouteau

j’ai une arme à feu mais je dois

retrouver…

                                     mon couteau…

 

je cogne

griffe mords crache feule

invincible…

                          je suis une panthère

                          une lionne une tigresse

                          chimère légende je suis une…

 

je suis… je suis Lucy Rogue…

 

        mais je crois que je n’ai pas envie d’être Lucy Rogue.

 

 

 

 

UN PEU AVANT

 

 

 

QUARTIER HAUPTSTRASSE

FRANKENSTEIN

ALLEMAGNE

 

 

Lucy reposait au milieu du jardin.

Elle ne voyait rien. Elle n’entendait rien. Elle savait qu’elle devrait bouger. Ne pas s’attarder. S’éterniser. Mais quelques instants de repos avant. Encore une minute monsieur le bourreau. Devenir une légende n’est pas donné à tout le monde ; cela mérite  un minimum d’égards, non ?

Elle bougera, pas d’inquiétude, elle en aura la volonté mais il y avait cette petite voix dans sa tête qui lui chuchotait murmurait parlait par bribes de tout autre chose que de fuir…

 

j'ai dix ans

    peut-être douze

           voire moins que ça

 

    je saigne pour la première fois

 

                          c’est un matin en me réveillant ça

                          j’en suis sûre il y a du sang dans

                          mon pantalon de pyjama la surprise

                          mais je n’ai pas peur maman m’en a

                          parlé ça fait un peu bizarre oui ça

                          pouvait me faire peur si ma maman

                          ne m’avait rien dit du tout du tout

 

c’est pareil pour les garçons je ne sais pas

je n’ai pas osé demander à mes frères j’aurais

bien voulu savoir il paraît que ça se produit

souvent le matin aussi chez eux le premier sperme

dans le pyjama ou les draps pour ceux qui dorment

tout nus je voudrais bien savoir je demanderais bien

à quelqu’un un jour ou l’autre sans doute un autre

 

        et j’ai mal dans la poitrine ça va bientôt s’appeler

        des seins les tétons les nichons les nibards les obus

        l’obsession des mecs les nénés les lolos les doudounes

        les pare-chocs et du monde au balcon de ce côté-là les

        miens resteront de taille modeste le monde se serrera

        en loggia de toute façon qu’est-ce que j’y peux rien

 

                   je n’ai jamais été jalouse des copines qui

                   les avaient plus gros et en étaient fières

                   certaines se moquaient de moi les œufs au

                   plat les piqûres de moustique les gants de

                   toilette et toi t’es tellement plate qu’on

                   pourrait te faxer (ou comment trahir sa

                   génération et de fait son âge à quelques

                   années près) je les ai toutes entendues

                   avant que ma poitrine elle finisse par

                   se développer un peu pas trop mais un peu

 

    les hommes se comparent la verge les femmes la poitrine

    comme si cette dimension de leur anatomie était vitale

    à leur position sociale dans la chaîne alimentaire

 

mes poils poussent aussi c’est la vie

 

           on en parlait entre filles à l’école et il y avait

           celles qui savaient et celles qui ne savaient pas

           on en parla encore plus au collège et plus tard au

           lycée on ne parle quasiment plus que de ça parce

           tout est là les seins les poils on peut lancer la

           compétition mais quand je dis on ne parle quasiment

           plus que de ça je devrais dire enfin presque parce

           qu’on se met surtout à parler des garçons et il y a

           celles qui l’ont déjà fait et celles pas encore mais

           c’est pour bientôt et celles qui jurent qu’elles se

           marieront vierges et moi qui me demande parfois si

           je ne préférais pas les filles alors j’ai essayé

           c’était à l’université elle s’appelait Tanya elle

           était blonde je m’en souviens et je me souviens

           aussi que ce serait ma seule et unique expérience

           saphique pas de honte pas de dégoût sans regrets

           c’était comme ça erreur d’aiguillage il me fallait

           seulement essayer pour être sûre vérifier quoi

          

en fait on en parlait déjà avant des garçons

 

                      mon premier amoureux avait cinq ans une

                      très belle histoire d’amour elle a duré

                      le temps d’une année scolaire on s’est

                      embrassés sous le pont du chemin de fer

                      derrière chez lui un soir en rentrant

                      de l’école puis l’été est arrivé avec

                      les vacances à suivre chacun de son

                      côté fin de la belle histoire d’amour

 

Lucy Chan sursaute et ouvre les yeux.

Gémit.

Mais qu’est-ce qu’il lui arrive ?

Ces images en volutes qui se bousculent dans sa tête ?

Pourquoi elle pense à ça là maintenant ?

Ça…

Là…

Maintenant…

Le sang !

C’est ça, elle est blessée, elle saigne, c’est une hémorragie, ça fuit de partout, elle se vide, elle va mourir, elle saigne, bordel et par une singulière association d’idées…

L’explosion.

Donc la ou les blessures d’où le sang.

L’effet de choc. L’effet de blast. Mais pas la mort.

Alors oui prendre le temps de souffler…

Cela s’améliore : les choses s’organisent un peu mieux dans son esprit. Ses pensées égarées mélangées brouillées retrouvent toutes leurs repères en bonnes places sur sa boussole cérébrale.

Lucy aime bien cette image-là.

Le déroulé de ses neurones est encore fragmentaire ; très dispersé. Mais de plus en plus cohérent dans son processus. Le flux va se rétablir au fur et à mesure de l’avancée inattendue du retour de ses souvenirs en cascade.

Le sang ses premières règles.

L’enfant devenue femme dans son corps selon la formule consacrée mais rien qu’une adolescente en devenir dans sa p’tite tête de môme minette minouchette pour encore quelque temps.

Le cycle menstruel est en route. Un moment aussi important que troublant dans la vie d’une fille. Ou peut-être un traumatisme si, comme Lucy Chan, on n’a pas eu la chance de naître dans une famille d’esprit éclairé, ouvert sur les choses les plus intimes de la vie.

Pudique quand même, la famille de Lucy Chan, mais pas pudibonde coincée en mode puritain dans le domaine du sexe. On décrit souvent les Asiatiques comme réservés à l’extrême, ce qui n’est pas toujours faux. Pas toujours vrai non plus. La vie serait tellement plus simple si les humains fonctionnaient ainsi, oui/non comme blanc/noir ou bon/mauvais. La manichéisme est une impasse, en toutes choses. Confucius l’a peut-être dit, mais ce n’est pas parce que Lucy est en partie d’origine chinoise qu’elle doit le confirmer. Le doit ou le peut. Pour en revenir à la soi-disant pudeur asiatique, on pensera aux éternelles estampes japonaises et à un art érotique chinois tout aussi raffiné avant de perpétuer des idées reçues péremptoires.

Lucy Chan ne croit pas que l’on pensait à cela dans les salons de sa ville natale.

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