ROMAN

16,90 euros - 208 pages

Parution le 06/06/2019

ISBN 978-2-35887-492-2

COLLECTION
LITTÉRATURE

 

 

Le Dernier Thriller norvégien

Luc CHOMARAT

Delafeuille, l’éditeur parisien, débarque à Copenhague pour y rencontrer le maître du polar nordique, au moment même où la police locale est confrontée à un redoutable serial killer : l’Esquimau. Coïncidence ? A peine installé à l’hôtel avec le dernier roman de l’auteur, Delafeuille découvre que la réalité et la fiction sont curieusement imbriquées… et qu’il pourrait bien être lui-même, sans le savoir, un personnage de thriller nordique.

Tueur fou, flics au bord de la crise de nerfs, meubles Ikéa, livre à tiroirs, tempête de neige, ours polaires, Sherlock Holmes et la petite fille aux allumettes : Luc Chomarat nous livre une épopée littéraire jubilatoire, un tour sur le grand huit où le rire le dispute au vertige.    

ROMAN

16,90 euros - 208 pages

Parution le 06/06/2019

ISBN 978-2-35887-492-2

COLLECTION
LITTÉRATURE

L' Auteur

Luc CHOMARAT

Luc CHOMARAT

Né en Algérie à la fin des années 1950, Luc Chomarat a publié à l'âge de vingt-deux ans son premier roman qui lui a valu de figurer aussitôt dans une liste établie par Le Magazine littéraire de cinquante auteurs vivants comptant dans le roman policier. Il se consacrera à la publicité avant de revenir à l'écriture. Également traduteur et auteur de livres pour la jeunesse, il a été publié tout d'abord aux éditions Rivages. En 2016, il a reçu le Grand Prix de littérature policière pour son roman Un trou dans la toile.

 

Ce qu’en pensent les libraires

  • À la fois parodie du roman policier et plus particulièrement du polar nordique, comédie déjantée, réflexion critique sur l’écriture et le monde de l’édition, Le dernier thriller norvégien sera le compagnon tout trouvé de vos vacances, et ce, que vous alliez en Norvège ou dans une tout autre destination ! Un roman malicieux et jouissif qui utilise les codes du genre pour mieux les détourner.

    Anne-Sophie, Librairie Le Failler à Rennes

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I

 

 

 

Copenhague - Nouvelle victime de l’Esquimau

 

Presque distraitement, Delafeuille fit glisser l’information sur sa tablette, puis revint en arrière et cliqua sur le lien. L’article était relativement bref.

 

Ulla Rzstrmorg, la jeune fille retrouvée en cinq morceaux dans la forêt de Grnd dans la matinée de vendredi serait elle aussi une victime du tueur en série connu sous le nom d’Esquimau. La police a confirmé que le modus operandi était identique. Ulla Rzstrmorg est la sixième victime de l’Esquimau à ce jour.

 

Delafeuille soupira, revint sur la liste, fit défiler une série de titres qui l’informaient de façon lapidaire que l’Europe traversait une crise économique sans précédent, la première de cette envergure depuis l’année dernière. Et que le Paris Saint-Germain avait écrasé l’AS Saint-Etienne. Il fut incapable de retenir le reste. Depuis qu’elles lui parvenaient sous forme numérique, les nouvelles ne retenaient que difficilement son attention. D’abord, il y en avait trop. Les choses semblaient se télescoper sur son petit écran de voyage. Et de toute façon, il ne voyait pas quoi y faire. En quoi pouvait-il influer sur les décisions de Poutine, l’issue de la guerre en Syrie ou le destin de Coca-Cola ? Pouvait-il même modifier le score en faveur de l’AS Saint-Etienne ? L’âge et la fatigue y étaient peut-être pour quelque chose, mais Delafeuille ne pouvait nier qu’il était de plus en plus désinformé. L’ère numérique, en multipliant les sources d’information et la vitesse à laquelle elles lui parvenaient, l’avait détourné de ce qu’il considérait autrefois comme un devoir, à savoir être au courant de ce qui se passait dans le monde.

À nouveau, il soupira. Où était la presse écrite dont il avait été lecteur assidu presque toute sa vie ? Il l’idéalisait peut-être, cette presse écrite, par le simple jeu du souvenir. Depuis combien de temps n’avait-il plus ouvert un quotidien de papier ? Des années, probablement. Fut un temps où c’était un geste aussi naturel que de se raser le matin… Il lui semblait malgré tout qu’alors, on s’arrêtait davantage sur les évènements, qu’on les analysait un tant soit peu, qu’on cherchait des angles de réflexion… Avait-on encore le temps de considérer une information, au sens étymologique du terme ? De chercher au-delà des faits, de trouver un sens, de dégager une signification ? Peut-être qu’il se passait moins de choses à l’époque… Non, c’était absurde. On ne pouvait pas dire qu’il ne s’était rien passé au XXe siècle, le siècle de l’holocauste, de l’ère atomique et du livre de poche.

Peut-être qu’il se faisait des idées, tout simplement. Peut-être qu’il était lui-même devenu une relique, une vieillerie, comme ces quotidiens qu’il fallait déplier et replier dans tous les sens, pour déchiffrer des caractères minuscules, accoudé au zinc, et de l’autre main, celle qui ne tenait pas le journal, attraper son petit café du matin. Peut-être que c’était aussi banal que ça.

Il ne pouvait s’empêcher aussi de constater combien, chez la plupart de ses contemporains, l’information était un produit de consommation comme un autre, qui ne modifiait en rien leur quotidien. Cela aussi avait joué. Pour qu’une nouvelle retienne son attention maintenant, il fallait vraiment qu’il y ait un rapport direct avec ses préoccupations du moment.

Donc, l’Esquimau avait fait une nouvelle victime.

Cela l’avait arrêté pour une raison toute simple : même s’il était encore dans l’avion, il se trouvait depuis quelques minutes sur le sol du Danemark. Copenhague. Copenhague, le théâtre des crimes atroces qui défrayaient la chronique depuis six mois. Il éteignit la tablette, colla son nez au hublot, cherchant à distinguer les bâtiments de l’aérogare dans l’impénétrable nuit nordique striée de flocons blancs.

C’était la première fois que Delafeuille se rendait au Danemark. Il était là pour négocier les droits de traduction du dernier opus d’Olaf Grundozwkzson, le nouveau pape du thriller nordique. Des pavés de huit cents pages qui se vendaient comme des petits pains, dans le monde entier. Grundozwkzson était traduit dans pas moins de vingt-six langues. Pas forcément sa littérature préférée, mais Delafeuille avait vendu sa petite maison, il travaillait à présent pour les éditions Mirage, ce n’était pas à lui de décider si le thriller nordique c’était bien ou pas. Les gens de la compta, quant à eux, trouvaient ça formidable.

Cela dit, il reconnaissait au Danois un talent certain pour les intrigues à tiroir, et une capacité unique à créer une ambiance particulièrement effrayante, propice à ramener le lecteur le plus aguerri aux terreurs de l’enfance. Ce n’était pas donné à tout le monde. Mais il voyait aussi dans ces histoires de serial killers, somme toute assez répétitives (et pour cause) une certaine complaisance, notamment dans les interminables scènes de torture et de viol. Chez Grundozwkzson, elles pouvaient s’étendre sur plusieurs dizaines de pages. Même en admettant que le public soit friand de ce genre de choses, ce type devait avoir de terribles problèmes sexuels.

L’avion s’immobilisa en fin de taxiway et l’hôtesse, une blonde longue et ferme, avec une bouche pulpeuse et rouge dans laquelle on avait envie de mordre jusqu’à ce que le sang gicle prononça la formule habituelle :

- Mesdames et messieurs, l’équipe du vol Air Gnoldün 24581 est heureuse de vous souhaiter la bienvenue à Copenhague. Nous espérons que vous avez effectué un agréable voyage et que nous aurons le plaisir de vous accueillir à nouveau sur nos lignes. Il est quinze heures trente heures locale, la température extérieure est de moins vingt degrés. Vous pouvez détacher vos ceintures. Veuillez ne pas quitter votre siège avant l’arrêt complet de l’appareil.

- Comment ça, jusqu’à ce que le sang gicle ? s’interrogeait Delafeuille tout en glissant sa tablette numérique dans son étui de protection. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

- Qu’est-ce que vous dites ? Interrogea son voisin, un homme au poil ras, à la mâchoire carrée, qui n’avait pas desserré les dents du voyage.

- Vous avez entendu ?

- Oui, nous pouvons détacher nos ceintures.

- Non, pas ça… Une histoire de sang qui gicle.

L’autre le regarda d’un air soupçonneux. Delafeuille eut un sourire gêné, se gratta le cou pour se donner une contenance (et puis ça le grattait).

Est-ce qu’il avait rêvé ? Il jeta à nouveau un coup d’œil par le hublot. Donc il était quinze heures trente, et il faisait nuit. Charmant pays.

Lorsque le signal lumineux s’éteignit, il se leva, récupéra la parka qu’il avait achetée pour l’occasion. Il suivit les autres passagers dans le couloir de débarquement, montra son passeport à un fonctionnaire à la mâchoire carrée, aux épaules larges et au poil ras.

L’aéroport lui parut désert. Mais peut-être que le Danemark n’était pas une destination si courue, tout simplement. S’il y faisait toujours aussi froid, ça n’avait rien d’étonnant. Les gens qui lisaient des thrillers nordiques sur les plages de Méditerranée avaient la belle vie, eux. Ils ne se rendaient pas compte. Il frissonna, rabattit les oreillettes de sa chapka.

En attendant sa valise, il essaya distraitement de déchiffrer les publicités qui l’entouraient.

Ironie du jour, des affiches numériques en vis-à-vis vantaient le dernier film tiré d’un roman de Grundozwkzson, avec Ulla Trmson dans le rôle principal, et la sortie d’un tabloïd, qui faisait ses choux gras de la dernière victime de l’Esquimau. La comédienne et la jeune fille morte donnaient l’impression de se regarder par-dessus le hall. La réalité et la fiction se faisaient face, étrangement semblables.

Le chauffeur de taxi, un indigène à la mâchoire carrée, aux épaules larges et au poil ras, ne prononça pas un mot, pas même lorsque Delafeuille lui montra le mail de l’hôtel sur son smartphone. C’était une Volvo à moteur hybride et le trajet se fit dans un silence remarquable, un peu inquiétant. La Volvo s’engagea dans une série d’avenues tracées au cordeau. Dans le silence de l’habitacle, protégé des tourbillons de neige qui se précipitaient sur la voiture comme autant d’insectes immaculés, Delafeuille avait l’impression de flotter, comme si la réalité perdait de son épaisseur au fil des kilomètres. Il se surprit à passer machinalement la main sur la banquette, pour éprouver le contact du réel. En fait c’était bien du skaï, mais ça ne prouvait rien.

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