ROMAN

20,90 euros - 224 pages

Parution le 12/04/2013

ISBN 978-2-35887-048-1

COLLECTION
LITTÉRATURE

 

 

Des voleurs comme nous

Edward ANDERSON

Que Nous, les voleurs ait pu inspirer deux adaptations cinématographiques aussi différentes que They live by night de Nicholas Ray (1947) et Thieves like us de Robert Altman (1973) indique son immense richesse. Edward Anderson a écrit une histoire d'amour délicate et difficile, et celle du facile basculement dans l'illégalité des laissés-pour-compte du rêve américain.

Bowie Bowers, meurtrier par hasard et plutôt brave type, va progressivement devenir criminel. D'abord en réaction à cet environnement où tout le monde vole. Ensuite il trouve, dans ce gang, une famille et des valeurs dont il fut privé initialement. Enfin parce que le braquage de banques leur donne à tous une existence sociale qui finit par les griser. L'orgueil semble être un moteur bien plus puissant que la recherche de richesses, dont bien souvent ils ne savent pas trop quoi faire. L'argent facilite certes les choses, mais il ne transforme finalement pas leurs vies, pourries à force de se terrer dans leurs planques. Beaux vêtements et bijoux ne servent guère, si personne n'est là pour les admirer et les envier. La narration de leurs exploits par une presse avide, exagératrice leur apporte chaque fois la preuve de leur propre importance, nourrissant leur arrogance d'être désormais l'égal des grands voleurs ici-bas : commerçants, hommes de loi, capitaines d'industrie.

Alors qu'il s'ancre dans cet univers criminel où il suffit de prendre aux autres pour exister, Bowie s'engage dans une liaison amoureuse où il lui est demandé de donner et d'être de plus en plus responsable. Anderson montre avec quelle insouciance il passe de sa liaison au pillage d'une banque, malgré l'insistance de Keechie à lui en dessiner les risques. L'héroïne n'est pas Bonnie Parker... Comme toutes les petites Américaines du moment, elle fait le rêve d'une vie tranquille auprès de celui qu'elle a choisi, tout en ayant parfaitement conscience de son impossibilité. Pas simplement parce qu'ils sont recherchés, mais surtout parce qu'elle ressent le caractère mensonger, faible de son amant et qu'elle ne peut y opposer que sa pudeur, sa naïveté, son trouble amoureux et, bientôt, sa maternité. Pour ces deux taiseux d'une grande pudeur, ce qui rend cette relation supportable sur le long terme, c'est l'état de révolte de Bowie, cette possibilité qu'il a de commettre encore de nouveaux forfaits et d'échapper à la médiocrité annoncée de sa vie.

 

ROMAN

20,90 euros - 224 pages

Parution le 12/04/2013

ISBN 978-2-35887-048-1

COLLECTION
LITTÉRATURE

L' Auteur

Edward ANDERSON

Edward ANDERSON

Né en 1905 au Texas, fils d'un imprimeur, Edward Anderson quitte très tôt l'école pour apprendre le métier de son père. Il commencera sa vie professionnelle en étant correcteur, puis journaliste. Pendant la Grande Dépression, il vit de petits boulots, tour à tour joueur de trombone ou marin, continuant à écrire des nouvelles pour diverses revues américaines. Son premier roman, Hungry men, fortement autobiographique, est publié en 1935 et raconte les errances d'un hobo, vagabond de la Grande Dépression. Deux ans plus tard, il signe Des voleurs comme nous (Thieves like us), rendu célèbre par ses deux adaptations cinématographiques, par Nicholas Ray en 1949 sous le titre Les Amants de la nuit et par Robert Altman en 1974, Nous sommes tous des voleursMais Edward Anderson ne fera jamais fortune, il ne publiera par la suite que deux nouvelles et mourra en 1969, pauvre et oublié.

FERMER

 

CHAPITRE PREMIER

 

 

Aucun doute cette fois : là-bas, derrière le massif de chênes, une automobile venait de quitter la grand-route et roulait lentement vers eux dans le chemin creusé d’ornières. Bowie sentit des crachements dans ses tripes, comme un grésillement de salive sur un fer brûlant. Il regarda Chicamaw.

 

Chicamaw fixait le bout du chemin envahi d’herbe, ses godillots de prisonnier plantées dans le sol boueux qu’il avait labouré tout à l’heure en faisant les cent pas. « C’est lui », dit-il.

 

Bowie se retourna, plongea son regard par-delà le val et le coteau d’arbres, par-delà le champ de maïs dont les jeunes pousses étince-laient comme des lames de couteau sous le soleil de fin d’après-midi. Au-dessus des murs chaulés du pénitencier d’Alcatona se profilaient le rouge château d’eau, le grand peuplier du préau et les miradors.

 

La voiture approchait. Le chant métallique des grillons parut plus strident. Je suis prêt à tout, se dit Bowie. Tout. Chaque jour passé là-bas est un jour pour rien.

 

Les bruits de ferraille se rapprochaient. Bowie regarda à nouveau Chicamaw.

 

– Tu n’as pas de destination précise ? Chicamaw ne remua pas la tête.

 

– J’attends juste de voir une bagnole avec un pote, dit-il.

 

Le taxi déboucha du haut de la côte et dévala vers eux en cahotant.

 

Bowie plissa les yeux pour mieux voir. La silhouette assise à l’arrière avait un chapeau de paille sur la tête. C’était le vieux frangin T-Doub. Avance, vieille bille en coton !

 

Le chauffeur était le gosse qui fournissait de la marijuana à certains détenus. Jasbo, on l’appelait.

 

Le taxi s’arrêta à quelques mètres d’eux. Bowie et Chicamaw s’avancèrent.

 

– Salut, Bowie, dit Jasbo. Bowie ne le regarda pas.

 

– Salut, dit-il.

 

T-Doub tenait sur les genoux un gros paquet enveloppé de papier. Sous le jaune rutilant de son chapeau neuf, ses cheveux blonds ressemblaient à des barbes de maïs desséchées.

 

– Eh bien, qu’est-ce qu’on attend ? dit Chicamaw. Il ouvrit la portière.

T-Doub tendit le paquet à Chicamaw puis plongea la main

 

dans sa vareuse dont il tira un revolver. Du canon il caressa la joue du conducteur.

 

– C’est un braquage, Jasbo.

 

– Nom de Dieu, dit Jasbo.

 

Sa tête frémit sur son cou raidi.

 

Chicamaw arracha les ficelles et éventra le paquet. Il contenait des bleus de travail et des chemises de coton blanc. Il commença à retirer sa tenue de grosse toile. Bowie et T-Doub entreprirent également de se changer.

Jasbo dit :

 

– Bowie, tu me connais. Dis-leur que je suis régulier.

 

– Fais ce qu’on te dit, répondit Bowie.

 

– Y a qu’à dire, dit Jasbo.

 

Quand tous trois eurent changé de vêtement, Chicamaw poussa Jasbo et s’installa au volant. Bowie et T-Doub s’assirent à l’arrière. La voiture fit demi-tour. Sur la grand-route le vent fouetta le véhicule comme cent chasse-mouches.

 

Une automobile était arrêtée sous l’abri de la station-service, sur la droite. Un homme en salopette manœuvrait le levier de la pompe rouge.

– Que je te prenne pas à remuer un cil, Jasbo, dit T-Doub, ou je te décolle les oreilles.

– Je me mettrai la tête entre les jambes, si tu le demandes, dit Jasbo.

La voiture dépassa le poste d’essence et Bowie se retourna. L’homme actionnait toujours la pompe. La route déserte derrière lui semblait se tendre comme une bande de caoutchouc.

 

Bowie regarda le revolver que T-Doub tenait serré dans son poing. Il était plaqué argent, avec une crosse de nacre. Il sait ce qu’il fait, le vieux soldat, pensa Bowie.

– Pas d’ennuis en ville ? demanda-t-il.

 

T-Doub fit non de la tête.

 

La route était toujours déserte devant et derrière. Ils sont en train d’en découvrir de drôles, là-bas dans le bureau du directeur, se dit Bowie. Le colonel doit prendre un coup de sang, à cette heure. Sortez-moi les nerfs de bœuf pour cette racaille, il dit. Voilà ce qu’on gagne à les traiter comme des blancs. Plus de base-ball ni de sortie de pêche pour ce Bowie Bowers et cet Elmo Mobley. Fini l’intendance pour le dénommé T. W. Masefeld. Sortez-moi les chiens, les fusils de chasse et les 30-30 et descendez-moi ces fils de pute…

 

Une voiture surgit en face et fonça vers eux. Elle passa en sifflant. Les voitures dans ce sens -là, c’est pas inquiétant, se dit Bowie. Pas plus que les corbeaux qui tournent, là-bas. T-Doub changea son revolver de main, essuya sa paume contre sa cuisse et reprit l’arme fermement dans sa main droite. Il sait ce qu’il fait, le vieux T-Doub.

 

Les tendons du maigre cou de Chicamaw firent deux nœuds derrière ses oreilles. Le Chicamaw sait ce qu’il fait, lui aussi. Deux espèces comme ça on n’en rencontre pas tous les jours. Plus question pour eux de replonger. Ils avaient topé là-dessus.

 

Il y eut une explosion comme si la route claquait. Le pneu droit arrière expira en gémissant. La voiture zigzagua. À gauche, un panneau indiquait : ALCATONA 14 km. C’était arrivé en plein milieu du treizième kilomètre, se dit Bowie. Ce sacré treize de malheur.

 

Ils franchirent le pont de bois en cahotant et s’enfoncèrent dans un petit chemin. Lorsqu’ils ne furent plus visibles depuis la route, Chicamaw s’arrêta. Le pneu était fendu comme à la hache. La roue de rechange ne valait guère mieux.

 

Le crépuscule enfumait les dernières couleurs de l’horizon. Les grillons sur le bord du chemin crépitaient comme des fils téléphoniques agités par le vent. Ce vieux treize de malheur nous rend nerveux, pensa Bowie.

Encore cent quatre-vingt-dix kilomètres jusqu’à Keota, chez le cousin de Chicamaw, Dee Mobley, tout ce chemin jusqu’à la Planque avec un treize cramponné au dos.

Chicamaw cisailla le fil de fer barbelé d’une clôture avec des tenailles et en apporta une longueur avec laquelle il attacha Jasbo au volant.

 

Ils traversèrent le champ de jeunes cotonniers en direction de la lumière d’une ferme. « Ce monsieur là-bas aura peut-être une voiture avec des pneus », dit T-Doub.

Ils s’enfonçaient dans la terre meuble et les rameaux coriaces des arbustes leur fouettaient les jambes. Dans leur dos, au loin, du côté de la prison, s’élevèrent des aboiements et Bowie s’arrêta.

 

– Écoutez, les chiens, dit-il.

 

Chicamaw et T-Doub s’immobilisèrent. C’était une musique sourde semblable aux basses vibrations d’un orgue.

 

– Putain de leurs chiens de meute, dit Chicamaw.

 

Ils hâtèrent le pas. Dans le champ, les cotonniers élagués res-semblaient à des crapauds géants sans tête. La lumière de la ferme luisait plus proche, d’un orange féroce. T-Doub se mit à courir et les deux autres l’imitèrent.

 

La femme qui tenait un bébé dans les bras conduisit T-Doub et Bowie dans la cuisine éclairée et le petit homme assis à la table se tourna à demi sur sa chaise, un oignon cru entamé dans la main gauche. Il leva les yeux, arrêta son regard sur le pistolet que tenait T-Doub.

 

– On a besoin de votre voiture qu’est là dehors, monsieur, dit T-Doub. Venez.

Petit Homme posa son oignon sur la table. Dans son assiette il y avait des œufs sur le plat et une tranche jaune de pain de maïs.

 

Il se leva et poussa sa chaise contre la table.

 

– Où sont les clefs, Mama ?

 

Autour de sa bouche, la peau de Mama tremblait et sa lèvre inférieure rejoignait presque son menton.

 

– Je ne sais pas, dit-elle.

 

Le bébé, dans ses bras, émit une plainte.

 

Petit Homme trouva les clefs dans sa poche. T-Doub se tourna vers Mama.

 

– Madame, si vous aimez ce monsieur et si vous avez envie de le revoir, et je pense que oui, je vous conseille de ne pas ouvrir la bouche après notre départ.

 

– Oui, monsieur, dit Mama.

 

Elle se mit à faire sauter le bébé dans ses mains. Il pleura.

 

La poussière couvrait la carrosserie d’une soie épaisse, le capot et les garde-boue étaient maculés de fiente de poule. Petit Homme s’installa à l’avant à côté de Chicamaw.

 

– Je n’ai pas sorti cette voiture depuis plus d’un mois, dit-il. La route longeait le haut remblai de la voie ferrée qui allait vers Katy. Bowie fixait l’aiguille du compteur : soixante-dix… quatre-vingts. Accélère, Chicamaw. On a deux paires de neuf dans le dos à présent. Le petit Jasbo est en train d’ameuter toute la région avec ses cris maintenant. Quatre-vingt-dix-neuf ans pour vol de grand-chemin, quatre-vingt-dix-neuf autres pour kidnapping.

 

Les lumières de la petite ville se disséminèrent à leur approche et s’égaillèrent comme un vol de perdrix dès qu’ils eurent franchi ses limites. Sous les auvents des postes d’essence, des tourbillons d’insectes voilaient la lumière des ampoules nues. Les magasins étaient fermés, la gare plongée dans le noir. Pas d’Anges Gardiens en embuscade ici, se dit Bowie. Pas d’Honnêtes Citoyens armés de carabines. Il se tourna vers T-Doub.

 

– Combien de kilomètres tu crois qu’on a faits ?

 

– Trente, dit T-Doub.

 

– Ma femme a été très malade, dit Petit Homme. Elle a été toute chamboulée, récemment.

Chicamaw hocha la tête.

 

Chamboulée par la maladie ou par la trouille, pensa Bowie. Quand le procureur hurlera ça dans le tribunal, ça ne fera pas si bon effet, les gars. Écrase le champignon, Chicamaw. Pleins gaz. Encore une heure et quarante minutes à ce régime et on sera peinards en vraie société. Ce Dee Mobley, c’était un type sûr. Chicamaw et lui avaient fait des casses ensemble quand ils étaient gosses. Huit ans que Chicamaw retenait la planque.

 

– C’est depuis le bébé qu’elle est malade, dit Petit Homme. Le moteur toussa, cracha. Chicamaw tira un grand coup sur

 

le starter. Le moteur repartit, cafouilla ; les cylindres pompèrent du vide. Il y eut du frottement dans les engrenages et les roues ralentirent.

 

– Gare-la hors de la route, dit T-Doub. Pousse-la au cul. Mes-sieurs, on a gagné le Grand Prix, la baignoire doublée de vison.

 

Bowie, T-Doub et Petit Homme se mirent à pousser, piétinant la route avec des bruits de sabots de cheval. Ils atteignirent enfin le croisement et poussèrent la voiture par-dessus le talus, hors de vue.

 

Chicamaw entreprit de ligoter Petit Homme. T-Doub soufflait comme un asthmatique.

– J’en ai connu de rudes aujourd’hui, mais ça, ça m’achève. Je pourrais aussi bien retourner mon 38 et en finir tout de suite.

 

Une voiture arrivait. La lumière de ses phares rasa le haut du talus. Le véhicule passa en coup de vent, puis son grondement s’assourdit comme les roulements d’un tambour voilé.

 

– On y va, dit Chicamaw.

 

Ils traversèrent la route, se glissèrent sous la clôture et s’enfon-cèrent jusqu’à la taille parmi les hautes herbes qui bordaient le chemin de fer. Ils gravirent le remblai et redescendirent jusqu’à la voie ferrée.

 

– On pourrait faire des signaux pour arrêter une voiture et attaquer le conducteur ? dit Chicamaw.

– Marre des bagnoles d’occase, dit T-Doub. Moi je marche.

 

– Il suffit de suivre la piste, dit Chicamaw.

 

– Comme de vrais petits hobos, dit T-Doub.

 

La lune traînait dans le ciel comme une rognure d’ongle. Ils n’entendaient que le son de leurs pas faisant crisser le ballast. Chicamaw marchait en tête.

 

Les rails murmurèrent. Il y avait un train derrière eux. Après quelques instants, le phare de la locomotive apparut au loin, minuscule comme une luciole. Le point de lumière enfla.

 

Ils escaladèrent le talus en s’agrippant aux herbes et s’aplatirent à son sommet. La terre trembla comme si les remblais allaient s’affaisser de chaque côté de la voie et les entraîner sous les roues. Le martèlement s’amplifia. Le train de marchandises passa dans un grondement de tonnerre, un fracas de ferraille, puis, longtemps après, les deux feux rouges du fourgon de queue filèrent dans la nuit.

 

Bowie fut tiré de son sommeil par la voix de T-Doub qui résonnait comme au fond d’une citerne et couvrait les ronflements étouffés de Chicamaw. Bowie avait l’impression qu’on lui avait arraché les ongles des orteils pour les enfoncer dans ses talons. Les rayons du soleil, à travers les branchages des pruniers, tombaient tels des poignards et Bowie, qui venait de se tourner sur le dos, mit son bras devant ses yeux.

 

– J’ai prospecté cette banque de Zelton quatre fois, dit T-Doub. Il n’y a qu’à se baisser pour ramasser, mais à chaque fois j’ai eu un contretemps. Cette fois, ça va peut-être changer.

 

– Je suis prêt à être de la fête, dit Chicamaw.

 

– Je vais vous dire une chose, dit T-Doub. Ma prochaine banque sera la vingt-huitième.

– J’espère que ça fera vingt-neuf d’ici une quinzaine.

 

Bowie sentit un frémissement dans ses tripes. Je suis prêt à tout, se dit-il.

 

– Ces mômes qui essayent de faire les banques sont des rigolos, dit T-Doub. Ils vont braquer une banque avec un poste d’essence en face, un standard téléphonique au premier et une armurerie à côté.

 

– Faut faire gaffe aussi aux bureaux qu’il peut y avoir aux étages en face d’une banque, dit Chicamaw. Des avocats, des médecins, tout un tas de monde qui se tient le fusil prêt, à attendre un hold-up.

 

– Je vais pas perdre mon temps, avec une petite banque de bouseux, dit Chicamaw. Il faut se donner autant de mal pour y ramasser mille dollars que pour cinquante mille dans une bonne banque.

 

– Trouve une banque où on dépose les fonds municipaux et régionaux, et là t’as une affaire, dit T-Doub. C’est pour ça que ça coûte rien d’étudier la cible pendant une semaine avant d’attaquer.

 

Cinq mille dollars et j’arrête, pensa Bowie. Cinq mille de côté et je retourne à Alky. J’ai fait tellement de temps que je peux encore m’offrir un an ou deux à l’ombre. Je m’amène là-bas, je leur fais un grand sourire. Ce directeur, je me l’entortille autour du petit doigt. C’est un bon. Il refermera le dossier et mon casier sera comme blanc dans deux ans. Puis, pour deux mille dollars et quelques, je me paye un bon avocat qui a des amis dans la capitale et vous verrez que je sortirai de prison blanchi et avec des économies.

 

Le meilleur moyen de repérer l’intérieur d’une banque, dit T-Doub, c’est d’y aller et de changer des billets de vingt dollars. En Floride il avait ouvert un compte juste pour avoir le temps de mirer les lieux.

 

Bowie s’assit.

 

– Notre innocent des campagnes est réveillé, dit Chicamaw. Il montra des dents blanches comme la nacre d’une crosse de revolver.

 

Des petites lumières dansèrent dans les yeux de T-Doub, grises comme des balles de 30-30.

– Qu’est-ce que tu veux pour déjeuner, Bowie ? Des prunes ou du poulet rôti ?

Bowie regarda une prune mûre qui pendait au bout d’une branche au-dessus de sa tête.

– Je prendrai des prunes, dit-il.

 

Chicamaw avait retroussé ses jambes de pantalon jusqu’aux genoux ; il trifouillait dans la toison qui recouvrait ses mollets.

 

– Qu’est-ce que tu fabriques ? demanda Bowie.

 

– Des punaises, dit Chicamaw.

 

Bowie contempla ses pieds couverts de croûtes de sang, puis ses chaussures cabossées, dans les crevasses desquelles s’accrochait de la verdure. Plus qu’une nuit de marche. Une demi-nuit. Il se rallongea.

 

Chicamaw parlait maintenant d’une banque qu’il avait cam-briolée dans le Kansas.

 

– Je savais que j’avais pas tiré plus de deux mille dollars de ce cabochard et je venais de mettre la main sur le bordereau de la caisse, vous savez, cette fiche qu’ils remplissent chaque soir pour faire le compte des liquidités ? Eh bien ça collait pas avec ce que j’avais, alors je suis revenu voir l’Allemand et je lui ai dit : « L’ami, j’ai bien récupéré tout ce qui traîne ici ? » Il me dit : « Vous avez bien tout. » Je dis : « Il y a pas d’erreurs dans votre bordereau de caisse, en général ? » Il me dit : « Heu, non, bien sûr. » Je dis : « Eh bien je n’ai que deux mille dollars et sur ce papier il y a marqué quatre mille huit cent soixante -deux dollars. Maintenant, tu les craches. » Le type s’est mis à suer sang et eau, alors je lui ai simplement fait le coup du serre-nez. Ses yeux sont devenus tout rouges, le plus beau rouge que t’aies vu.

 

Bowie se rassit.

 

– C’est quoi, un serre-nez ?

 

– T’inquiète, t’en verras un bientôt. Quand je travaille, j’en emporte toujours un avec moi. Tu prends une cordelette métallique et un bâton avec un trou dedans, tu enfiles une boucle et tu la passes autour de la tête de ton gars ; tu tournes le bâton et le gars a l’impression que sa cervelle va lui sortir par les oreilles. Toujours est-il, l’Allemand beugle comme un veau pris au lasso et il ouvre le tiroir du bas d’un bureau. Il y avait bien là quatre petits paquets de jolis billets de cinq cent et de cent dollars.

 

Une bouffée de vent décoiffa les arbustes et fit ployer les hautes herbes qui faisaient écran à la voie ferrée. Bowie se rallongea.

 

– Tu sais ce que le banquier aurait fait si tu n’étais pas tombé sur ce bordereau ? dit T-Doub. Il aurait raconté qu’on lui avait tout volé. Il y a plus de banquiers que t’en trouves au bout de ton serre-nez qui se gardent des magots dans leur banque en priant tous les jours qu’ils se fassent cambrioler.

 

– Sûr, dit Chicamaw.

 

– C’est des voleurs comme nous, dit T-Doub.

 

Bowie chassa une fourmi du dessus de sa main. Je ne vais pas aller trop loin là-dedans, mes braves. Vous allez voir votre enfant de chœur s’assagir quand il aura ses cinq mille billets. Bowie entendit soudain des pieds s’agiter et il se dressa comme une lame de couteau. Il regarda ses deux compagnons. Ils exami-naient l’étendue d’herbe devant eux. T-Doub avait son revolver à la main.

 

Bowie épia. Quelque chose bougeait un peu plus loin. Ce n’était pas à cause du vent. Il ramassa ses chaussures. Il vit à nouveau l’herbe s’ouvrir.

 

Chicamaw partit en avant, plongeant dans le fourré comme un demi de mêlée. T-Doub suivit et Bowie ferma la marche, pieds nus, ses chaussures à la main. Ils coururent jusqu’au bois. Puis ils s’arrêtèrent et regardèrent derrière eux vers le fourré.

 

– Qu’est-ce que vous avez vu, bon Dieu ? dit Bowie.

 

– Il y avait quelque chose dans l’herbe, dit Chicamaw.

 

– Si au moins j’avais pas laissé là-bas un chapeau de trois dollars, dit T-Doub. Je vois tes chaussettes d’ici, Bowie.

 

– Je croyais que tous les flics du pays battaient les buissons à la façon dont vous avez déguerpi, dit Bowie.

– Je parie que c’était un porc, dit T-Doub. Un dindon ou un machin comme ça. Je parie tout ce que vous voulez.

– Si tu penses que c’était un porc, pourquoi tu retournes pas récupérer ton chapeau ? dit Chicamaw.

– Oh, je préfère aller tête nue. Comme les caves.

 

Bowie s’assit et enfila ses chaussures. Ses pieds saignaient à nouveau.

 

– Tu crois que tu vas y arriver, Bowie ? dit T-Doub.

 

– Vu ce que je suis arrivé à faire, je crois que je vais tenir la distance, dit Bowie.

 

 

 

CHAPITRE 2

 

Cette constellation de lumières brouillées par la pluie, au loin, c’était Keota. Avant que la pluie ne commence à tomber, Bowie percevait les bruits de la ville, mais à présent il n’y avait plus que la rumeur des rafales dans les meules de blé et le crépitement de la pluie sur la terre couverte de chaume. Il était seul dans ce champ depuis plus de deux heures, et il devait être près de trois ou quatre heures du matin. Là-bas dans les profondeurs de la nuit, au-delà des lumières, T-Doub et Chicamaw cherchaient la maison de Dee Mobley. Ils devaient revenir le prendre lorsqu’ils auraient trouvé le cousin de Chicamaw. Ils éteindraient et allumeraient les phares trois fois de suite, s’ils avaient la voiture de Dee.

 

Bowie se baissa et massa ses pieds gourds. Il avait l’impression de se tenir sur des moignons. Un homme qui se déplace sur des moignons ne peut pas être bon à grand-chose s’il est coursé par les flics, et c’est pourquoi il était resté ici à attendre.

 

L’orage qui roulait à l’est se rapprocha et éclata au -dessus de lui, dessinant dans le ciel une fourche de feu. L’éclair dénuda le paysage détrempé, jusqu’à la clôture affaissée et la route.

 

Je n’aurai plus de nouvelles de la famille, pensa Bowie. Mama. Tante Perle. Cousin Tom. Adieu, vous tous. La première chose que fait la police c’est de vérifier avec qui vous avez échangé du courrier et de surveiller les domiciles des correspondants.

Au revoir, Mama. Il y a un truc bien chez toi. Tu ne m’as jamais donné tort. Il n’y a pas d’autre solution. Peut-être vas-tu recevoir une enveloppe avec trois ou quatre cents dollars dans pas longtemps et tu pourras partir soigner cette pellagre. Profites-en pour laisser tomber ce mari que tu t’es dégoté.

 

Salut, cousin Tom. Merci pour les lettres et les cigarettes. Mais tous les encouragements du monde n’y font rien quand on croupit dans un endroit pareil. On sait chaque jour de quoi sera fait le lendemain.

 

Tante Perle, tu es une gentille femme, mais tout le Scientisme Chrétien du monde ne vous est d’aucun secours quand on n’a pas l’argent pour se payer un avocat. Et pour avoir un bon avocat, il faut beaucoup d’argent.

 

Des phares dansèrent sur la route et Bowie se leva. La voiture avançait péniblement dans la boue ; elle passa sans ralentir. Bowie reprit la position accroupie.

 

Les gars allaient revenir. Cela prend du temps de trouver quelqu’un quand on ne sait pas où il habite. Ils n’allaient pas le planter là ? Ce n’était pas leur genre. Il se faisait bougrement tard, pourtant. Il y avait moins d’une douzaine de lumières dans la ville, maintenant.

 

Des éclairs lacéraient les cieux tourbillonnants. C’était peut-être ce qu’on voyait, quand on branchait la chaise électrique, pensa Bowie. On n’aurait pas dit que ça remontait à neuf ans, ce matin où son avocat était venu lui dire qu’il n’allait pas passer à la chaise. Peut-être pourtant était-il mort là-bas sur cette chaise ? Était-ce son esprit qui attendait ici sous la pluie ? Tout arrivait dans ce vieux monde. Peut-être suis-je un chat à neuf vies. J’en aurais perdu une à Alky sur la chaise. Encore huit à tirer… Écoute, Bowie, arrête ton char. T’es en train de devenir fêlé.

Une autre voiture arrivait. Elle faisait un bruit de Model-T, n’avait qu’un faible phare tremblotant.

Bowie s’approcha à croupetons de la clôture. C’était un pick-up Ford aux ridelles bringuebalantes. Soit il était en train d’émettre un signal, soit son unique phare était déficient. Qu’est-ce qu’il fabriquait ? Le cri de Bowie resta dans son gosier. La camion-nette passa, le ronflement de son moteur fatigué s’évanouit dans la nuit.

 

Il s’assit au bord de la route. Il n’aurait plus longtemps à attendre avant l’aube. Mais je ne peux pas me montrer ici en plein jour. Les copains ont dû avoir des ennuis. Ils sont peut-être dans une galère, à cette minute. Ils ne me laisseraient tout de même pas là. Pas ces gars. On est fourrés ensemble depuis trop longtemps. Tiens, prends T-Doub. Jour après jour, il piquait à l’intendance de quoi constituer un fonds pour tous les trois. On ne partage pas avec deux mecs de l’argent si durement acquis quand on n’a pas l’intention d’aller avec eux jusqu’au bout. Pas quand on investit quatre cent vingt-cinq dollars. Pas avec tous les plans qu’ils avaient faits ensemble. Se mettre au vert chez Dee puis descendre au Texas, dénicher la belle -sœur de T-Doub et lui demander de leur trouver une maison meublée. Non, c’était pas un mec comme ça. Et Chicamaw ? Avec ses dents blanches…

 

La pluie lui giflait le visage et s’infiltrait autour de ses pieds engourdis. Mais je ne peux pas rester éternellement ici. S’ils ne sont pas là à l’aube, je dois y retourner. Je ne peux pas m’en empêcher. Je renquille.

 

Les mules attelées labouraient la route fangeuse, tirant un chariot couvert d’une bâche aussi grise et trempée que le petit jour. Le conducteur, un sombrero de paille abaissé sur le front, contre le crachin, pataugeait à côté du chariot. Les jambes de sa salopette étaient roulées aux mollets et de gros pâtés de boue sautaient de ses talons. Le sombrero se releva.

 

– Bonjour l’ami, dit Bowie. Sombrero changea son mégot de côté.

 

– Jour, dit-il.

 

Bowie montra ses chaussures.

 

– Permettez que je m’assoie dans votre chariot jusqu’à la ville ? Mes pieds ne me portent plus.

Sombrero fit un signe de tête vers l’arrière du chariot.

 

– Grimpez, si vous voulez.

 

Bowie fit le tour et monta en écartant les portières de toile. Ça sentait bon la luzerne. Il vit la femme et le petit garçon. Ils étaient assis, le dos appuyé contre le siège avant, sur la paille recouverte d’un édredon de coton.

 

– Votre monsieur m’a dit que je pouvais me faire une petite place, madame ?

La femme hocha la tête.

 

Bowie s’adossa contre le côté et étendit ses jambes, en état de relaxation vigilante. Le mouvement du chariot l’apaisait et l’ambiance propre et sèche l’essorait comme une peau de chamois. Il ferma les yeux.

 

– C’est qui le monsieur, maman ?

 

Bowie ouvrit les yeux, regarda l’enfant et lui sourit.

 

– Ça ne te gêne pas que je voyage avec toi, fiston ?

 

Le petit garçon enfouit son visage dans le giron de sa mère.

 

Elle le caressa.

 

– C’est un ami de papa, mon chéri.

 

Les sabots des mules se mirent à claquer contre le sol et Bowie demanda à la femme :

 

– Nous sommes en ville ? La femme acquiesça.

 

– Sur la place.

 

Bowie se glissa, pieds en avant, vers l’extrémité du chariot, écarta les portières et sauta dehors. Le pavé lui fit l’effet d’un tapis d’aiguilles.

 

Au centre de la place se dressait le Palais de Justice, bâtiment de grès pourvu d’un étage. Au rez-de- chaussée, des écriteaux : BLANCS… NOIRS. D’autres petits bâtiments bordaient la place : Textiles Greenberg, Banque régionale de Keota, Drugstore Rexall, Five-and-Ten ,

 

La pluie avait cessé et le soleil ressemblait à un rond de papier jaune détrempé. Bowie traversa la pelouse du Palais de Justice et se dirigea vers le magasin de textiles.

L’employé était appuyé contre le chambranle de la porte, bras croisés. À l’approche de Bowie, il se redressa d’un coup d’épaule.

 

– Oui, monsieur ?

 

– J’ai dix dollars, camarade, dit Bowie, et il me faut un pantalon, une chemise, des chaussettes, des chaussures et puis un caleçon court.

 

– On va voir ça, dit Camarade.

 

Bowie le suivit dans l’obscurité de l’arrière-boutique et s’enfonça plus avant encore dans les senteurs de laine humide, de toile et de poussière. Camarade alluma une ampoule constellée de chiures de mouches au-dessus d’un étalage de tenues de travail kaki.

 

Vêtu de sec, à présent, Bowie s’assit sur un banc tandis que Camarade lui laçait ses chaussures neuves.

 

– Vous ne connaissez pas dans les parages un type du nom de Tobey, Hobby ou quelque chose comme ça, par hasard ? demanda-t-il.

 

Camarade pencha la tête.

 

– Crois pas, non.

 

– Je connaissais un type à Tulsy qui s’est installé ici. Il est ici depuis un certain temps, je crois bien. Mobby ou quelque chose comme ça.

 

– À quoi il ressemble ?

 

Bowie décrivit Chicamaw.

 

– Oh, il a le type indien. M’arrive à peu près aux épaules. Des yeux noirs, et plutôt maigre.

 

Camarade secoua la tête.

 

– Il travaillait dans une station-service à Tulsy.

 

– Il y a un Mobley sur la route de Dallas qui tient un poste d’essence et un petit magasin.

– Ce n’était pas Mobley, non, ça j’en suis sûr.

 

– Est-ce qu’il avait une petite qui s’appelle Keechie, une fille au type indien ?

– Non. Ça ne fait rien. Je ne le connaissais pas très bien. Avec ses nouvelles chaussures, il ne ressentait même plus la

 

douleur. Il faisait bon marcher. Le soleil buvait les flaques d’eau et le macadam de la route brillait. Il dépassa un chantier de bois, dont la palissade était ornée d’affiches de spectacle déchiquetées, l’égreneuse de coton, fermée à cette saison, le camp de vacances « Kozy Komfort Kamp».

 

Il arrivait à destination : il aperçut une pompe à essence orange. Un homme était assis sous l’auvent, dans un fauteuil d’osier. En retrait de la station-service, derrière le magasin, se trouvait une baraque qui ressemblait à un fumoir. Au-delà s’étendaient des bois. Un peu plus loin sur la route, à gauche, il y avait une autre station-service.

 

Bowie s’avança vers l’homme assis.

 

– Bonjour, l’ami.

 

– Bonjour, dit l’homme.

 

Il avait un visage massif, rugueux comme l’écorce du chêne, et de longs favoris noirs éclaircis de gris métallique. Sa chemise noire avait des boutons blancs.

 

– Vous avez du soda frais ? demanda Bowie.

 

L’homme se leva, souleva le couvercle de la glacière et Bowie se pencha pour prendre une bouteille.

 

Il aperçut la jeune fille qui se tenait debout derrière la portière transparente du magasin. Elle était brune et petite, ses menus seins hauts et pointus tendaient le coton bleu de sa chemise polo. Bowie se tourna vers l’homme.

 

– Est-ce que je pourrais vous voir en privé une petite minute ? L’homme jeta un regard à la jeune fille et elle s’éloigna.

 

– Vous êtes Dee Mobley, n’est-ce pas ?

 

– C’est bien moi.

 

– Vous n’avez pas eu deux visiteurs, récemment ?

 

Mobley regarda les chaussures de Bowie.

 

– Vous avez des chaussures toutes neuves, hein ? Vous aviez mal aux pieds ?

– Ça, tu peux le dire. J’ai acheté ces chaussures à l’instant.

 

– Et un nouveau pantalon ?

 

Bowie répondit par un grand sourire.

 

– Où donc étais-tu passé ? dit Mobley.

 

– J’attendais les copains, Chicamaw et T-Doub Masefeld.

 

– Je suis parti te chercher moi-même l’autre soir, dit Mobley. Il pleuvait des cordes.

– Dans une camionnette Model-T ?

 

– C’était moi.

 

– Bon Dieu. C’est la meilleure. Et moi qui t’ai regardé tran-quillement passer.

Mobley fit un geste du pouce en direction de l’autre station-service. Deux hommes en combinaison étaient assis sur un banc sous l’auvent.

 

– Ces caves sont toujours en train de reluquer par ici, alors tu continues ton chemin comme si tu faisais de l’auto-stop et tu reviens en coupant à travers les bois. Les copains sont dans ma case, juste derrière.

 

Bowie courut à travers bois pour revenir à la station. Il vit ce que Dee nommait sa case. Une baraque avec un toit en tôle ondulée, ombragée par un grand pacanier. Il passa sous la clôture et alla frapper à la porte. Il entendit, à l’intérieur, grincer faiblement les ressorts d’un sommier. Il frappa encore. Pas de réponse.

 

– Chicamaw, appela-t-il.

 

Des pieds tombèrent sur le sol, marchèrent lourdement vers la porte. Le visage de T-Doub apparut dans l’entrebâillement.

 

– Bon Dieu, rentre, dit-il.

 

Chicamaw était allongé en caleçon sur le lit en fer.

 

– On pensait que t’étais peut-être retourné à Alky.

 

– J’ai nagé, c’est tout, dit Bowie. Et je me suis senti bien seul.

 

– J’allais y retourner ce soir, dit Chicamaw.

 

T-Doub fit un geste vers la table dépourvue de nappe, où se trouvaient une casserole de porc aux haricots, un bloc de fromage jaune et une miche de pain.

 

– Tu veux te caler les joues ?

 

– Et comment.

 

– On n’est pas arrivés ici avant cinq heures du matin, dit Chicamaw. J’allais revenir te chercher ce soir. Je vois pas comment Dee t’a manqué.

 

– C’est ma faute, dit Bowie.

 

Il étala des haricots sur une tranche de pain qu’il plia pour faire un sandwich. Il mordit dedans, mâcha, et sourit.

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